Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/677

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système politique réclamant un tuteur, comme ces, jeunes plants qui chassent sur leurs racines avant de les enfoncer dans le sol, un jour viendra où il faudra bien finir cette guerre de Navarre, si désastreuse pour nos provinces limitrophes. On a renoncé, je pense, à regarder l’Espagne comme étant en mesure de la terminer elle-même ; il est démontré qu’à cet égard le mouvement peut encore un peu moins que la résistance, et nul n’ignore que son gouvernement songe bien plus désormais à protéger son territoire qu’à reconquérir celui que l’insurrection parait s’être irrévocablement acquis. N’est-il pas manifeste que si les provinces basques laissaient aujourd’hui de côté la question de parti, pour s’en tenir au fait consommé pour elles, leur indépendance serait presque aussi solidement fondée que le fut celle du Portugal au XVIIe siècle ?

Je suis fort loin de partager les vues de séparation politique émises dans ce recueil par un écrivain, du reste, fort compétent et fort éclairé ; un tel projet susciterait d’insolubles objections dans l’intérêt même des quatre provinces, outre que le mouvement européen incline bien plus à réunir les peuples qu’à les fractionner. Cependant, comment nier qu’il n’y ait là des droits historiques tout pleins de sève, avec lesquels la victoire oblige d’ailleurs à composer ? Le moment ne peut être éloigné où l’Europe elle-même comprendra l’urgence de maintenir à la fois, par une intervention diplomatique probablement inefficace sans une occupation militaire, et l’intégrité de la monarchie espagnole et une position exceptionnelle que le temps seul fera cesser.

Quant à l’avenir du pays dont on vient de s’occuper longuement, il serait problématique sans doute, si un peuple chrétien pouvait disparaître sous le ciel, sans invasion, sans catastrophe, et par le seul effet d’une irrémédiable décrépitude. Mais un tel exemple de la rigueur divine sur les nations ne s’est pas encore vu dans le monde. Que l’Espagne souffre donc pour tant de maux versés sur les cieux continens, pour l’orgueil barbare de ses pères auquel le deposuit potentes est si sévèrement appliqué ; qu’elle expie le crime de s’être placée à part du mouvement du monde, et d’avoir mis l’héritage de la vérité sous l’exclusive protection du bras de chair ; qu’elle souffre, mais qu’elle espère, car déjà, malgré l’incertitude des événemens politiques, ses idées se transforment et ses mœurs avec elles ; qu’elle espère surtout en la France, car la France la sauvera : c’est encore là l’une des fatalités glorieuses de sa destinée.


LOUIS DE CARNÉ.