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et l’idée de la gloire ne furent que des éclairs dans une vie donnée plutôt au sentiment et aux émotions. Poésie et amour se confondirent toujours à ses yeux, et c’est de lui, dans une épître à Victor Hugo, que sont ces vers que j’aime à citer comme la devise du poète élégiaque, et qui le peignent lui-même tout entier :

Il est aussi, Victor, une race bénie
Qui cherche dans le monde un mot mystérieux,
Un secret que du ciel arrache le génie,
Et qu’aux yeux d’une amante ont demandé mes yeux.

Tout ce qu’il a écrit avant ce roman d’Arthur pourrait se renfermer dans cette épigraphe de Lamartine :

Ce qu’on appelle nos beaux jours
N’est qu’un éclair serein dans une nuit d’orage,
Et rien, excepté nos amours,
N’y mérite un regret du sage.

Compatriote et de cette famille poétique de Vauquelin de La Fresnaye, de Racan et de Segrais, il aurait aimé du premier, s’il l’avait connu, le tendre sonnet de Damète et d’Amaranthe ; la paresse élégante et le goût sans travail du second lui semblaient dévolus, et il eût bien été capable de dire en une idylle, si Segrais ne l’avait fait déjà :

O les discours charmans ! ô les divines choses,
Qu’un jour disait Amire en la saison des roses !
Doux Zéphirs, qui régniez alors dans ces beaux lieux,
N’en portâtes-vous rien aux oreilles des dieux ?

Il a publié en divers temps plusieurs recueils de vers. Si quelques notes s’en retiennent, ce sont celles qui s’échappent des cordes du sentiment. Ainsi à propos de Jumièges et des souvenirs galans qui se rattachent à ces abbayes normandes :

Oh ! non, c’est le nom d’une femme,
D’une femme et de ses amours ;
Antique faiblesse de l’ame,
Que l’ame retrouve toujours.

Un volume de Mélanges poétiques de M. Guttinguer parut en 1824, avec une épître de M. de La Touche, qui servait d’épilogue. Le