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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.


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31 décembre 1837.


Le pays se trouve depuis quelques jours dans une situation toute nouvelle ; non-seulement parce que la chambre est constituée, mais parce qu’elle a manifesté son esprit, et qu’au lieu de conjectures à faire sur la tendance politique des dernières élections ou sur les dispositions de la majorité future, on a maintenant à compter avec des réalités. Ces réalités, tout épineuses et délicates à manier qu’elles soient, sont au reste ce qu’elles devraient être, ni plus, ni moins, et ne devraient avoir, à bien dire, rien de surprenant, rien d’inattendu pour personne. On n’avait pas sans doute, après tout ce qui s’était passé dans le cours de la dernière session, fait un appel à l’opinion publique ; on n’avait pas avancé, d’une année au moins, le terme de la législature, pour demander au pays la réintégration complète de la majorité précédente, de cette majorité qui d’ailleurs n’avait pas suffi et qui ne répondait plus aux besoins de la situation. Aussi, même avant de connaître le résultat des élections, voyait-on bien qu’il allait s’opérer un changement considérable dans le sein de la puissance parlementaire, et que le centre gauche allait former le noyau de la majorité, au détriment du centre droit, qui n’en serait plus que l’appendice. On ne pouvait se méprendre au caractère des principaux évènemens qui avaient précédé la dissolution, et qui l’avaient rendue inévitable. La signification précise de ces évènemens avait été assignée par M. Thiers dans ce discours si politique, si habile, si vrai, qui, après l’éloquente improvisation de M. Guizot, fit une sensation plus profonde et plus durable, parce qu’il marquait la fin d’une époque et en inaugurait une autre. Pourquoi donc aujourd’hui serait-on étonné de voir M. Benjamin Delessert, remplacé au fauteuil de la vice-présidence par M. Hippolyte Passy, et M. Jaubert par M. Dubois (de la Loire-Inférieure) ? N’est-ce pas la conséquence rigoureuse d’une dissolution prononcée contre le parti doctrinaire et malgré lui, qui était elle-même la conséquence de la formation d’un ministère sans lui et contre lui ? Assurément, si nous croyons que ces deux grandes mesures eussent été accomplies au hasard et les yeux fermés, nous concevrions sans peine que les suites en pussent causer quelque surprise ; mais ce serait méconnaître l’intelligence et la sagacité politique dont elles portent l’empreinte, et nous ne supposons pas que le ministère de M. Molé en soit à se repentir ou de son existence ou de ses actes. Nous ne voyons pas, en vérité, comment il aurait eu à se féliciter du triomphe de M. Jaubert, ni à quel titre il aurait dû accorder à M. Benjamin Delessert une préférence décidée sur M. Passy.