Page:Revue des Deux Mondes - 1838 - tome 13.djvu/121

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cile. La marche du monde, les révolutions de la société, si variées dans leurs principes, leurs élémens, les rapports qu’elles détruisent, qu’elles créent, qu’elles affectent, donneront toujours à une administration intelligente, qui saura s’en emparer, le moyen de diriger et d’alimenter ainsi ce besoin d’action et de mouvement que le système représentatif ne fend que trop, mais tend de toute nécessité, à développer chez nous. Si le gouvernement, au contraire, par une sagesse mal placée, ou par une réserve mal entendue, repousse les occasions d’agir qui se présentent, d’autres les saisissent et s’en font une arme contre lui, arme d’autant plus dangereuse qu’ils ne sont point retenus par les difficultés de l’application, et qu’ils n’ont à faire que de la critique et de la théorie. Mais en agissant lui-même, en prenant la conduite d’une affaire, quand elle est arrivée à sa maturité, le pouvoir aurait le double avantage de remplir sa mission, et de prévenir ces écarts de la théorie contre lesquels il a constamment tant de peine à lutter.

Nous pourrions nous en tenir à ces généralités. Néanmoins, pour qu’on ne nous reproche pas d’abuser du droit de critique et de théorie, nous allons essayer de sortir du vague où elles laissent la question du moment ; et pour les appliquer à ce qui se passe, nous dirons que le ministère qui a fait l’amnistie et qui a passionné les esprits au nom de cette habile mesure, doit maintenant se présenter sur le champ de bataille parlementaire avec un drapeau dont les couleurs soient plus fraîches, et avec une idée politique qui ait le mérite de ne pas encore être réalisée. Nous ajouterons que le centre gauche ayant, de l’aveu de tout le monde, le dessus dans la chambre, ne devant sous aucun rapport effrayer le ministère, et lui offrant la force dont il a besoin pour mener une existence tranquille et assurée, le ministère doit, sinon lui dérober absolument telle ou telle question pratique, du moins lui emprunter sa tendance générale, pour se l’attacher sans en être dominé. C’est une expérience à renouveler sur les erremens du 22 février, qui doivent être familiers à M. de Montalivet. Le ministère du 22 février avant très décidément pour lui le centre gauche tout entier, jusqu’à M. Odilon Barrot exclusivement, ce qui n’empêchait pas le juste milieu, même doctrinaire, de vivre avec lui en fort bonne intelligence, malgré les vélléités belliqueuses de quelques-uns de ses adptes ; et à la fin de la session de 1836, M. Thiers avait certainement conquis, tout en gardant ses couleurs, une des plus imposantes majorités sur lesquelles ait jamais pu compter un ministère. L’ordre et la monarchie ne seraient donc pas en si grand danger, si le cabinet du 15 avril, retenu par les premiers votes de la nouvelle chambre dans ses voies originaires et dans les traditions de son berceaux, réclamait d’abord et obtenait du centre gauche un honorable appui, sans perdre ses droits à être soutenu par l’autre fraction du parti gouvernemental.

Il y a eu dans la vérification des pouvoirs deux votes importans, celui sur la validité de l’élection de M. Jacques Lefèbvre, en concurrence avec M. Laffitte, et celui sur l’élection de M. Flourens à Béziers, en concurrence avec M. Viennet. La chambre a validé l’une et infirmé l’autre ; et, dans ces deux circonstances, c’est le centre gauche qui a décidé la question, la première fois contre M. Laffitte, la seconde fois contre M. Viennet. Le rapport de M. Vivien et les explications données par M. Ganneron sur les opérations électorales du deuxième arrondissement ont fait, à double titre, une vive sensation ; et pendant que l’opposition en masse, M. Odilon Barrot à sa tête, votait pour M. Laffitte, le vote contraire du centre gauche ne pouvait