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possible que l’influence de M. Toréno fît accréditer derechef auprès du cabinet des Tuileries M. le duc de Frias, qui n’a pu encore se résoudre à nous quitter, et dont nous voyons tous les soirs la joviale figure s’épanouir dans les salons politiques de la capitale.

Un ministre étranger qui depuis long-temps résidait à Paris, M. de Mulinen, envoyé du Wurtemberg, est définitivement rappelé par sa cour. Nous ne savons à quel propos un journal légitimiste, qui a de grandes prétentions à la connaissance des secrets diplomatiques, a fait de ce rappel un acte d’opposition au cabinet des Tuileries. C’est précisément le contraire. On a pensé à Stuttgardt que dans le nouvel état des relations du Wurtemberg avec la France, il valait mieux envoyer auprès du roi des Français un ministre qui ne fût pas converti de si fraîche date à l’établissement de sa dynastie.


De la Réforme Pénitentiaire

Une des questions les plus graves de notre époque est la réforme pénitentiaire. Des travaux remarquables ont été publiés sur cette question. MM. De Beaumont et Tocqueville, M. Vasselot, M. Bérenger MM. de Metz et Blouet, l’ont approfondie dans tous les sens, Les conseils-généraux l’ont examinée sur plusieurs points. La presse devra maintenant la discuter. Son rôle est de préciser le système qui paraît le plus conforme au caractère et aux besoins de notre pays.

Dans une question de ce genre, l’opinion publique, livrée à elle-même, pourrait facilement s’égarer. Des préjugés anciens, des habitudes locales, une commisération puérile, un faux instinct de philantropie, protègent encore les innombrables abus qu’il faut détruire. Des esprits étroits et timides repoussent l’idée d’un changement, et encore plus la dépense qu’il peut entraîner : c’est à la presse de prouver que ce changement est nécessaire, que l’intérêt du pays l’exige, et que la réforme, dans tous les cas, ne peut être plus coûteuse que les abus.

Les états modernes, pour la plupart, ont modifié le régime de leurs prisons. La réforme, commencée en Flandre et en Angleterre ; s’est établie d’une manière plus large aux États-Unis. Seuls, parmi les nations que la liberté éclaire et mûrit, nous conservons des usages surannés que la justice et la raison condamnent. Nous commençons cependant à entreprendre l’amélioration matérielle du pays : pourquoi négliger son amélioration morale ? Plus nous sommes libres, plus nous devons songer à purifier les mœurs de la nation. Dans les gouvernemens où l’autorité est faible, et où la religion a peu d’empire sur les ames, c’est aux citoyens à se défendre eux-mêmes contre le flot des mauvaises passions, et à établir des règles rigoureuses, qui soient capables de protéger la société.

Aucun peuple n’a mieux compris cette vérité que les États-Unis. Dans ce gouvernement libre, où la loi politique est faible, la loi morale est forte. C’est dans cette loi que se trouve le véritable frein qui assure l’ordre, et qui a empêché jusqu’ici les révolutions. Aussi, c’est aux États-Unis que la réforme pénitentiaire a été étudiée avec le plus de soin. C’est là que tous les systèmes ont été le mieux éprouvés. L’expérience des États-Unis suffit donc en grande partie pour nous éclairer. Notre tâche sera d’appliquer ses résultats, avec les modifications que réclament nos mœurs et nos lois.

Deux systèmes pénitentiaires sont en balance aux États-Unis, ou plutôt