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Page:Revue des Deux Mondes - 1838 - tome 13.djvu/588

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L’ORCO.

Nous étions, comme de coutume, réunis sous la treille. La soirée était orageuse, l’air pesant et le ciel chargé de nuages noirs que sillonnaient de fréquens éclairs. Nous gardions tous un silence mélancolique. On eût dit que la tristesse de l’atmosphère eût gagné nos cœurs, et nous nous sentions involontairement disposés aux larmes. Beppa surtout paraissait livrée à de douloureuses pensées. En vain l’abbé, qui s’effrayait des fâcheuses dispositions de l’assemblée, avait-il essayé, à plusieurs reprises et de toutes les manières, de ranimer la gaieté, ordinairement si vive, de notre amie. Ni questions, ni sarcasmes, ni prières, n’avaient pu la tirer de sa rêverie ; les yeux fixés au ciel, promenant au hasard ses doigts sur les cordes frémissantes de sa guitare, elle semblait avoir perdu le souvenir de ce qui se passait autour d’elle, et ne plus s’inquiéter d’autre chose que des sons plaintifs qu’elle faisait rendre à son instrument et de la course capricieuse des nuages. Le bon Panorio, rebuté par le mauvais succès de ses tentatives, prit le parti de s’adresser à moi.

— Allons ! me dit-il, cher Zorzi ; essaie à ton tour, sur la belle capricieuse, le pouvoir de ton amitié. Il existe entre vous deux une sorte de sympathie magnétique, plus forte que tous mes raisonnemens, et le son de ta voix réussit à la tirer de ses distractions les plus profondes.

— Cette sympathie magnétique dont tu me parles, répondis-je, cher abbé, vient de l’identité de nos sentimens. Nous avons souffert de la même manière et pensé les mêmes choses, et nous nous con-