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INSTITUTIONS FINANCIÈRES




L’OMNIUM, ASSOCIATION DE CRÉDIT CÉNÉRAL




C’est là une vaste entreprise d’utilité publique, dont se sont occupés déjà, avant nous, plusieurs organes de la presse, et qui mérite d’obtenir un jour tout le succès qu’ils ont aimé à lui promettre. Nous n’avons pas pour habitude, on le sait, de recommander à l’attention du public, même de la manière la plus détournée, aucune de ces idées marchandes qui, sous un air de libéralité hypocrite, servent d’enseigne trop souvent à des spéculations exclusivement d’intérêt privé. Telle n’est pas l’idée de l’Omnium ; et, s’il nous suffisait d’une preuve a priori pour nous dispenser de tout examen ultérieur et approfondi, nous la trouverions, avec une certaine sécurité de conscience, dans la sympathie chaleureuse et désintéressée que témoigne à ce système de banque générale l’illustre écrivain dont nous publions le remarquable travail d’économie publique.

Certes, il y aurait déjà, ce nous semble, un assez vif intérêt de curiosité pour nos lecteurs à voir comment a été traitée par M. de La Mennais une question de finances, et l’une de ces questions qui peuvent le moins se passer des lumières que donne la pratique des affaires. Peu de gens savent aujourd’hui que l’auteur de l’Indifférence en matière de religion a dû naturellement, par des circonstances de position et de famille, être initié de bonne heure aux théories les plus usuelles de la banque. Pour ceux qui n’ignorent pas cette particularité intime de la vie d’un homme qui a remué tant d’idées dans plusieurs directions si diverses, ce sera encore une étude intéressante de le suivre dans cette excursion qu’il tente pour la première fois à travers l’ordre matériel des sociétés. Le nouveau développement qui se manifeste aux yeux de tous dans cette haute et singulière intelligence est un spectacle qui ne trouvera pas beaucoup d’indifférens, nous le croyons. Il est étrange peut-être, mais il est heureux que cette intelligence s’apaise par l’observation un peu plus distincte et détaillée des affaires, et de quelles affaires ? celles du commerce ! en les abordant toutefois du seul côté où elle peut le faire désormais, c’est-à-dire sans descendre tout-à-fait de la région des généralités. On s’apercevra bien, à la lecture de son travail, que les habitudes théoriques de cet esprit absolu ne sont point changées, quoiqu’il ait pris pour un jour une autre voie et donné un élément différent à son activité.

Quoi qu’il en soit, nous n’avons pas cru que le vif intérêt, nécessairement attaché à un article d’économie publique de M. de La Mennais, intérêt au moins très littéraire pour tout le monde, et plus sérieux pour plusieurs, nous dispensât de rechercher, en toute liberté d’esprit, ce que c’est que l’entreprise de l’Omnium.