Page:Revue des Deux Mondes - 1838 - tome 16.djvu/436

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entraîner la chute d’une administration qui, cependant, n’en serait pas aussi coupable que ses adversaires.

Une réflexion se présente ici tout naturellement à ma pensée. On reproche quelquefois à notre chambre des députes de sacrifier les grands intérêts aux petites choses, de ne pas dignement apprécier la portée politique de certains votes, qui rejaillissent d’une manière fâcheuse sur le crédit du pays et la puissance du gouvernement au dehors. Cela est vrai ; mais notre parlement n’est pas le seul qui commette de pareilles fautes. Voilà, monsieur, le parlement anglais, exercé de plus longue date aux affaires et plus politique, dit-on, qui, pour une mesquine subtilité de légiste, servant de couvert à l’esprit de parti et à des rancunes personnelles, compromet la tranquillité d’une colonie importante, et avec elle l’intégrité de l’empire britannique. Aussi n’est-ce que justice envers les meneurs de cette intrigue, lord Brougham, lord Ellenborough et lord Lyndhurst, de répéter sur leur compte le mot d’un journal anglais : » Ces messieurs ont beaucoup d’esprit ; ils ont découvert un infaillible moyen pour faire un petit empire avec un grand. »

Je n’ai pas besoin, monsieur, de vous justifier ces longs détails. Vous jugez sans doute, comme moi, la personne de lord Durham assez importante, et la question de savoir si le Canada restera aux Anglais, assez grave pour mériter notre plus sérieuse attention. C’est assurément, après ce qui nous concerne directement, un des points les plus intéressans de l’histoire contemporaine.

La question belge vient d’être remise à l’ordre du jour de la politique, et par le progrès des travaux de la conférence, et par l’ouverture des états généraux, qui a eu lieu récemment à La Haye. Vous avez vu que dans le discours de la couronne, le roi des Pays-Bas se plaint de n’avoir pas encore reçu de réponse à sa déclaration du mois de mars dernier, qu’il continue à traiter les Belges d’insurgés, ce qui n’est peut-être pas de fort bon goût à la veille d’un arrangement définitif, et que de ce côté on ne parle que des droits de la Hollande, comme s’ils étaient menacés, comme si l’Europe hésitait à sanctionner toutes les prétentions du cabinet de La Haye, comme si le traité des 24 articles devait subir d’importantes modifications. Je ne comprends pas ces plaintes. Il est vrai que le roi des Pays-Bas n’a pas reçu encore de réponse officielle ; mais il sait probablement à quoi s’en tenir sur les dispositions de la conférence, et je ne crois pas qu’il ait à s’en plaindre, malgré la lenteur avec laquelle on a procédé à Londres. Il sait ou doit savoir que le cabinet de Saint-James n’a pas montré une grande partialité en faveur du nouveau souverain de la Belgique, quels que soient les liens qui l’attachent à la famille royale et l’affection qu’on lui porte en Angleterre, quelle que soit la part que lord Palmerston ait personnellement prise à son élévation. La conférence n’a pas répondu par une acceptation immédiate à la déclaration néerlandaise du mois de mars ; mais la non-exécution du traité pendant sept années, par le seul fait de l’inutile obstination du roi Guillaume, avait fait naître des