Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/796

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Ses ouvrages sont du nombre de ceux qui, en Espagne, se sont toujours maintenus dans la faveur publique, même à l’époque où le goût de l’imitation des classiques français avait fait tomber presque tout l’ancien théâtre dans un si injuste discrédit. Peut-être, nous l’avons déjà dit, furent-ils moins redevables de cet avantage aux mérites très réels que nous venons de rappeler qu’à une circonstance relativement bien secondaire. La régularité de leur forme, l’absence presque complète des écarts et des hardiesses tant reprochés à l’ancienne école espagnole, les recommandaient à la bienveillance de l’école nouvelle. L’amour-propre national aimait à les citer comme pour prouver que, dans ces temps signalés par un oubli si général de toutes les règles classiques, quelques esprits privilégiés y étaient encore restés à peu près fidèles.

La gloire de Moreto n’a donc pas péri parmi ses compatriotes, elle n’a pas même, comme celle de Lope, éprouvé une éclipse temporaire. Cependant il est certain qu’elle n’a jamais eu cet éclat, cette popularité, qui s’attachent aux noms de Lope et de Calderon. Il y a plus, elle n’a pas passé les Pyrénées. En France, en Angleterre, en Allemagne, le nom de Moreto est complètement inconnu de quiconque n’a pas fait une étude spéciale de la poésie espagnole. D’où vient une telle injustice ? Il m’est impossible d’y voir autre chose que l’effet d’un de ces hasards qui président aux destinées littéraires.


LOUIS DE VIEL-CASTEL.