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pas leur réélection, mais il travaillerait, nous le croyons, à les faire remplacer par des hommes modérés.

Quoi qu’il en soit, nous repoussons de toutes nos forces l’idée de la dissolution, de quelque côté qu’elle viennne. Nous n’applaudirons jamais à ceux qui voudraient jouer l’avenir du pays sur un coup de dés. Or la dissolution ne peut être évitée qu’en soutenant le ministère et en s’appliquant à le contenir, sans rancune, sans dédain, dans les limites que M. Thiers lui-même a posées dans les ministères du 11 octobre et du 22 février.


La réunion constitutionnelle a été convoquée hier sous la présidence de M. de Nogaret, pour procéder à la désignation de ceux de ses membres qu’elle désirerait faire entrer dans la commission des fonds secrets. Si nous sommes bien informés, l’assemblée était calme, grave, presque morne. Nous le croyons sans peine. Il est impossible que des hommes d’ordre et de gouvernement ne se sentent pas profondément pénétrés de la gravité des circonstances ; pourraient-ils méconnaître l’immense responsabilité qui s’attache dans ce moment à toute mesure décisive ? S’il ne leur est pas donné de ressaisir les rênes du gouvernement, ils peuvent rendre tout gouvernement impossible : ils ne peuvent pas édifier, il leur est facile de renverser. C’est à eux de sonder leurs cœurs, et de juger s’il appartient au parti conservateur de précipiter une nouvelle crise avant d’avoir acquis la preuve irrécusable de l’incompatibilité du nouveau cabinet avec les principes d’ordre et de stabilité dont ils sont les défenseurs naturels et dévoués.


Les affaires extérieures n’ont rien offert de remarquable dans cette quinzaine. Et d’ailleurs, qui se donne la peine d’y regarder ? Y a-t-il d’autres questions à l’ordre du jour que celle de savoir si le nouveau cabinet obtiendra les fonds secrets sans amendement ?

La question d’Orient n’a présenté aucun incident nouveau. L’Angleterre est toujours fort jalouse, fort inquiète de l’accroissement et de la consolidation de la puissance égyptienne. L’Angleterre ne voit que l’Inde. C’est pour elle une question de vie et de mort. Le pacha, de son côté, arme, se fortifie et ne renoncera pas à des conquêtes, qui ont été le travail et le but de toute sa vie. Et la France pourrait-elle sans déshonneur livrer le pacha aux colères calculées de la Grande-Bretagne ? Telle est la question dans toute sa gravité. Nous ne désespérons pas cependant d’un arrangement amiable.

D’un côté, l’Angleterre a trop d’affaires sur les bras pour vouloir pousser les choses trop loin ; de l’autre, ce qu’il faut à l’Angleterre, ce n’est pas un territoire, une souveraineté en Égypte et en Syrie, mais des sûretés, des garanties pour la libre communication avec l’Inde..

Il doit suffire que les portes, dont le souverain de l’Égypte tient les clés, ne puissent jamais être fermées à l’Angleterre. La diplomatie ne trouvera-t-elle pas un moyen de concilier dans une juste mesure les droits de Méhémet Ali