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Pendant que le gouvernement anglais faisait des efforts pour introduire la culture de la soie dans les colonies américaines, quelques particuliers tendaient au même but. Le docteur Franklin, à qui l’Amérique doit tant de grandes et utiles choses, se trouvant à Londres en 1769, au moment où l’Angleterre s’occupait d’introduire dans les Indes la filature de la soie, suggéra à la société philadelphienne américaine, tout récemment instituée à Philadelphie, l’idée d’introduire la culture de la soie en Pensylvanie. La société applaudit vivement à l’idée de Franklin : après avoir demandé les secours pécuniaires de la législature, et en avoir éprouvé un refus, il ouvrit une souscription qui suffit à faire les fonds nécessaires. Cette filature, qui, sous la direction d’un Français, avait dès la première année reçu deux mille trois cents livres de cocons, se trouva arrêtée par la révolution.

Nous ne ferons que mentionner la tentative que M. Nathaniel Aspinnal fit dans la colonie de Connecticut avant la fin de la guerre d’Amérique entre la France et l’Angleterre.

L’ignorance des difficultés qui accompagnent la préparation de la soie a fait multiplier les plantations de mûriers dans différentes parties du Connecticut, et surtout dans les comtés actuels de Windhom et Talland. On éleva des vers à soie, on obtint des cocons ; des femmes furent occupées à dévider la soie et à la convertir en soie à coudre ; et quoiqu’elles n’employassent et n’emploient encore que le rouage du dévidoir ordinaire, elles réussirent à obtenir un produit qui, s’il ne peut être livré au commerce sur le marché des grandes villes, est du moins employé sur les lieux à beaucoup d’usages dans l’intérieur des familles.

C’est dans cet état qu’un Américain, Français d’origine, M. Du Ponceau, trouva l’industrie sétifère. Ses efforts pour l’améliorer furent grands et multipliés ; il s’adressa au congrès pour obtenir l’établissement d’une école pratique, où l’instruction nécessaire à la filature de la soie eût été donnée gratuitement. Son dessein avoué était de créer aux États-Unis un nouveau produit, la soie grège, et d’en former un nouvel objet d’échange avec l’Europe et avec la France particulièrement, et il s’appuyait sur ce que la chambre de commerce de Lyon et les commissions de fabricans anglais avaient reconnu que la soie qui peut être produite aux États-Unis était égale aux plus belles soies du monde. Quels que fussent les efforts de M. Du Ponceau, son plan fut rejeté par le congrès pendant trois années consécutives. Il ne se découragea pas, et forma un petit établissement où, aidé d’un autre Français, il parvint à fabriquer de fort belles étoffes ; alors, content d’avoir prouvé, au prix d’une partie de sa fortune, que les États-Unis pouvaient produire des étoffes de soie, il renonça à son projet.

Ainsi donc, en ce moment, l’industrie sétifère en Amérique produit dans quelques comtés de la Nouvelle-Angleterre des soies d’une consommation toute locale ; de plus, il existe quelques manufactures de soie à coudre, objet de commerce protégé par un droit de douane de 40 pour 100, ce qui n’empêche