Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/743

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trahit la faiblesse de son procédé habituel. Que fait-il en effet ? Il remplace le vieil Argant, si naturellement et si plaisamment entêté dans ses appréhensions, par un jeune homme sentimental, qui écoute avec la même confiance et la même tranquillité que le crédule vieillard de Molière les burlesques consultations de ses médecins. Comment l’auteur italien n’a-t-il pas senti que l’âge seul pouvait justifier cette faiblesse et cette crédulité ? Comment n’a-t-il pas compris combien ce caractère de jeune homme qui a peur d’aimer, parce qu’il a peur de mourir, est contre nature ? La jeunesse va droit devant elle ; elle n’a ni vains ménagemens, ni ridicules terreurs. L’homme qui, dans la fleur de l’âge, consulterait son baromètre pour savoir s’il doit sortir du lit, et son médecin pour savoir s’il doit aimer, et qui écouterait de sang-froid les burlesques et interminables consultations de messieurs Chrysalide et Castoreum, loin d’être un malade imaginaire, serait bien réellement malade.

Alphonse, le malade d’Alberto Nota, est entouré d’intrigans comme l’Argant de Molière ; mais ces intrigans sont encore de l’espèce la plus vile. C’est une Aspasie, sœur du malade, qui ne songe qu’à escroquer son frère en détail ou à détourner sa fortune, et qui, dans ce but, donne aux médecins qu’il consulte force doublons d’Espagne pour qu’ils le déclarent très malade ; c’est M. Raymond, parasite et vil flatteur, qui, de son côté, exploite Aspasie, dont il convoite la main, et qui, voyant les espérances qu’il fondait sur sa fortune s’évanouir, reprend soigneusement les présens qu’il avait faits, et s’échappe en disant grossièrement : — Moi, épouser une femme maussade et qui n’a pas de dot ! je ne suis pas si bête. — Sont-ce donc là réellement les mœurs de la société italienne ? Nous ne le croyons pas ; tant de bassesse et de cupidité nous semble impossible ; nous aimons mieux supposer que l’auteur, pour exciter l’intérêt, s’est cru obligé de charger, et cependant Alberto Nota passe, avant tout, pour un écrivain sage, et ses pièces ont obtenu cette sorte de succès d’estime qu’on accorde à des portraits fidèles.

Ces remarques, s’appliquent aux autres pièces de Nota, à la Fiera, au Philosophe célibataire, à la Donna ambitiosa, etc., etc. Ce sont toujours les mêmes mœurs communes, les mêmes situations vulgaires, le même style élégant, froid, tout d’une venue. Ses drames de la Marquise de Ganges, de Laure et Pétrarque, n’ont d’autre mérite que celui d’une exécution patiente. Dans ces pièces ternes, inanimées, la vérité historique est outrageusement violée, sans profit pour l’art, ni pour l’intérêt. Nota, par exemple, fait partager à Laure l’ardent amour