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cessité, à éloigner ainsi l’un de l’autre ces deux établissemens. Il ne pouvait y avoir que le besoin de les mettre tous les deux en communication avec un port commode pour l’embarquement des pièces colossales qu’on en tirait.

Il résulte de recherches nouvelles [1] que le porphyre ne fut point au nombre des pierres travaillées par les anciens Egyptiens. On n’en trouve aucun vestige parmi les monumens de style purement égyptien, grands et petits, qui peuplent nos cabinets ou qui existent encore sur le sol de l’Égypte. Ayant à leur disposition tant de belles matières, les granits, les basaltes, les albâtres, les brèches, etc., ils ont négligé le porphyre, dont la dureté, qui surpasse celle de toute autre roche, exigeait un travail long et pénible, ou même résistait peut-être aux moyens d’exécution dont ils pouvaient disposer.

Au témoignage de Pline [2], ce fut Vitrasius Pollion, procurateur de César, qui envoya à l’empereur Claude les premières statues de porphyre qu’on eût encore vues, Visconti présume que les carrières venaient d’être alors découvertes [3]. Cette conjecture est confirmée par deux inscriptions [4], l’une du temps de Trajan, l’autre de la première année d’Adrien, qui nous apprennent que les montagnes où se trouvaient les carrières portaient le nom de Mont Claudien ; il est clair qu’elles n’ont pu recevoir un tel nom que parce que la découverte en fut faite sous le règne de Claude, ce qui s’accorde merveilleusement avec le dire de Pline, auteur contemporain. Quant à l’établissement du Djebel-Fateereh, où l’on exploitait le granit, une autre inscription atteste qu’il a dû être formé plus tard, vers la XIIe année de Trajan, époque à laquelle il reçut, en latin, le nom de Fons Trajannus, en grec celui d’Hydreuma Trajanum, que la géographie ancienne ne connaissait pas jusqu’ici [5].

  1. Exposées dans un mémoire spécial récemment lu à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
  2. XXXVI, c. 7, § 57.
  3. Museo Pio Clement, t. VI, p. 247, éd. de Milan.
  4. Ces inscriptions, qui nous ont conservé les plus curieux détails, m’ont été communiquées par sir Gardner Wilkinson, pour être publiées dans mon Recueil des Inscriptions latines et grecques de l’Égypte, 3 volumes in-4°, dont le premier volume paraîtra vers la fin de cette année.
  5. Il est à remarquer que la route de Coptos à Bérénice est la seule dont les stations aient été indiquées et nommées par les auteurs anciens (Pline, la Table théodosienne et l’Itinéraire d’Antonin). D’autres routes aussi très fréquentées, celles de Coptos à Myos Hormos et au Lencos limen (Quosseyr), et celle d’Apollonopolis magna à Bérénice et aux mines d’émeraude, ne sont connues que par les vestiges de stations antiques ou des monumens qu’on y trouve. Aucun auteur n’en parle.