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pleine activité sous le règne de Dioclétien, puisqu’on y envoyait en foule les chrétiens persécutés, condamnés à ces rudes travaux ; des passages de Paul le Silentiaire attestent qu’elles le furent plus tard encore, et que leur produit était transporté par la voie du Nil [1]. Tous ces renseignemens s’accordent ou se concilient sans peine.

Le canal resta ensablé et hors d’usage jusqu’à la conquête de l’Égypte, en 640 de notre ère. Les extraits de divers auteurs arabes cités par Makrizy donnent des détails circonstanciés sur le rétablissement de cette voie par les ordres du calife Omar [2]. Le canal fut exécuté de nouveau, à partir de Fosthath (vieux Caire), c’est-à-dire qu’on reprit le canal de Trajan, qui, au dire de Ptolémée, commençait à Babylone. En moins d’un an, disent ces auteurs, des bateaux chargés de grains arrivèrent à Qolzoum (le Clysma des anciens) et portèrent l’abondance sur les marchés de Médyne et de la Mekke. Le canal fut donc rendu à la principale destination que lui avait donnée Ptolémée-Philadelphe. La navigation subsista sans, interruption jusqu’au calife Al-Manzor, qui ordonna de combler le canal pour empêcher qu’on ne portât des vivres à Mohammed-Ben-Abdoullâh, qui s’était révolté conte lui, ce qui eut lieu l’an 145 ou 150 de l’hégyre (762 ou 767 de notre ère). Elle avait donc duré seulement cent vingt-deux ou cent vingt-sept ans. Depuis ce moment, ajoutent les auteurs arabes, le canal n’a plus été rétabli [3].

De cet exposé historique, il résulte que le canal des deux mers a servi à la navigation pendant une première période d’environ cinq siècles, sans autre interruption que celle qui tenait à l’étiage du Nil, depuis le règne de Philadelphe au moins jusqu’à la fin du règne de Marc-Aurèle et peut-être jusqu’à Septime Sévère, et pendant une seconde période de cent vingt-deux à cent vingt-sept ans sous la domination des Arabes.

On convenait généralement que le canal avait été navigable pendant cette seconde période, parce qu’en effet les témoignages des auteurs arabes sont tellement précis et circonstanciés, qu’il n’est pas possible de rejeter le fait qu’ils établissent. Je crois avoir montré qu’il en est de même de ceux des auteurs anciens pour l’époque antérieure, et que les contradictions qu’on avait cru remarquer entre eux ne résistent pas à un examen plus approfondi.

  1. Descr. S. Sophia, I, v. 379, 380, 625 à 627.
  2. V. la notice sur Makrizy, par Langlès, dans les Notices des Manuscrits, t. VI, p. 334 et suivantes.
  3. Notices des Manuscrits, volume cité, p. 348.