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II.


Le prêtre en gémissant livre la porte sainte
A ces hardis mortels ; eux traversent l’enceinte
Où la foule s’arrête, et sans courber le front
Vont droit au sanctuaire où les voix parleront.

C’était un antre immense, aussi vieux que la terre,
Où les Titans vaincus cachaient leur culte austère ;
Un mont entier creusé des pieds jusqu’aux sommets ;
L’œil du jour et des dieux n’y pénétra jamais.
Sculptés dans son granit, des monstres séculaires
Couvraient de longs troupeaux les parois circulaires ;
Sur un trépied de bronze un vase empli de feu
Comme un astre immobile en marquait le milieu,
Seul flambeau de qui l’antre empruntait un jour pâle ;
La clarté se mourait près de ses flancs d’opaie,
Et, sans monter jamais jusqu’aux faîtes obscurs,
Son reflet vague allait blanchir l’orbe des murs.

Le globe merveilleux ne laissait point d’issue
Par où l’on pût toucher à la flamme aperçue ;
Sur ses larges contours un artiste pieux
Grava fidèlement les images des dieux,
Leurs combats, leurs amours, les traits de leur sagesse,
Ce qu’adoraient enfin l’Orient et la Grèce ;
Le jour intérieur ne luisait au dehors
Qu’en rayons adoucis sortant de leurs beaux corps,
Et, recevant d’eux seuls sa forme et ses limites,
S’échappait en clartés sous le voile des mythes.

Les hommes admiraient ces tableaux radieux,
Et, tandis qu’à genoux ils priaient tous ces dieux,
Grave et haute, une voix, — on eût dit l’antre même, -
Se mit à proférer l’enseignement suprême.
Ce qu’elle remua d’ombres et de clarté,
De terreurs ou d’espoirs, nul ne l’a raconté ;
Mais, tant qu’elle parla, ces mortels pleins d’audace
Pâlirent en suant une sueur de glace ;
Quelques fantômes vains s’effaçaient de leurs yeux,
Mais un jour effrayant creusait son vide en eux,