Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/317

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Berne n’était pas le seul canton qui eût fait ainsi des conquêtes, et qui administrât arbitrairement des provinces sujettes ; le canton actuel du Tessin était sujet d’Uri, et le canton actuel de Thurgovie appartenait aux huit plus anciens cantons, qui le gouvernaient et le rançonnaient tout à tour.

C’est dans cet état que la révolution française trouva la Suisse. Le spectacle de ce qui se passait en France éveilla des idées de liberté dans les pays conquis et des idées d’égalité dans la population rurale des cantons aristocratiques. Des insurrections locales éclatèrent. Favorisée par ce mouvement, une armée française envahit la Suisse et essaya d’y fonder une république une et indivisible comme la nôtre. Cette tentative ne pouvait pas réussie, mais le passage de nos armes et de nos idées n’en bouleversa pas moins l’antique édifice, et des besoins nouveaux se firent jour. Quand le premier consul rétablit l’ancienne confédération, les cantons ne se reconstituèrent pas tels qu’ils avaient été avant la secousse qui les avait transformés. Les vieilles aristocraties, plus ou moins abattues par la nouvelle constitution, mais encore vivaces, prirent part sourdement à la lutte de l’Europe contre Napoléon ; elles ouvrirent la Suisse en 1813 aux armées étrangères, et, quand l’Europe coalisée eut rétabli sur les ruines de l’empire la monarchie des Bourbons, elles profitèrent de la réaction universelle contre les idées révolutionnaires pour ressaisir une partie de leur ancien pouvoir. Le pacte fédéral de 1815 fut le produit et la consécration de cette restauration de la Suisse.

Pendant les quinze années qui suivirent, les vieilles idées et les idées nouvelles luttèrent en Suisse comme en France. Dans un grand nombre de cantons, le retour aux formes oligarchiques avait été trop marqué pour être durable. Ici, c’était le privilège du patriciat, à l’exclusion de la bourgeoisie ; là, c’était le privilège de la bourgeoisie des villes à l’exclusion de la population des campagnes. Des agitations intérieures ne cessèrent de protester contre un tel état de choses. Les gouvernemens, celui de Genève excepté, se refusèrent à toute amélioration par des voies légales ; il devint dès-lors évident que des changemens plus ou moins violens étaient inévitables. Quelques mois avant les évènemens de juillet 1830, la révolution se fit sans résistance dans le canton du Tessin. Le reste de la Suiusse libérale, excité par cet exemple, était déjà travaillé de ces frémissemens qui précèdent les soulèvemens populaires, quand la nouvelle de la révolution des trois jours arriva. Ce fut l’étincelle sur la traînée de poudre. En pue de temps, tous les cantons aristocratiques avaient subi leur