Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/409

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Cela bien compris, qui doute que l’avènement des tories ne soit pris en Irlande comme une déclaration de guerre ? On dit à la vérité que sir Robert Peel veut gouverner l’Irlande avec impartialité, avec modération. C’est là, je le crains fort, un projet chimérique. Si l’Irlande était, comme la France, un pays de centralisation où le gouvernement pût implanter tout d’un coup des magistrats et des administrateurs soumis à l’impulsion venue de Londres et forcés de rendre chaque jour compte de leur conduite, peut-être sir Robert Peel pourrait-il réussir Malheureusement l’Irlande, malgré quelques pas vers un autre système, est encore, comme l’Angleterre, un pays d’administration et de justice locale et gratuite. Pour gouverner l’Irlande, il faut donc absolument, nécessairement, s’appuyer sur un des partis qui se partagent le pays. Sur quel parti s’appuiera sir Robert Peel ? S’il existe en Irlande un parti intermédiaire, c’est celui qui s’est formé récemment en opposition à la rupture de l’union, et dont lord Charlemont est le chef. Dans ce parti, mélange heureux de protestans libéraux et de catholiques, il y a des lumières, de l’indépendance, de la modération ; mais ce parti tout entier est <whig ou radical, et à Belfast, centre de son pouvoir, aussi bien qu’à Dublin, il s’est déjà énergiquement prononcé contre le prochain ministère. Si sir Robert Peel s’était flatté de l’avoir pour allié, il faut qu’il y renonce. Violemment attaqué par le parti catholique pur, énergiquement combattu par le parti libéral, sir Robert Peel, de gré ou de force, appartient au vieux parti protestant, au parti dont les orangistes sont l’avant-garde passionnée et active. Entre eux et lui il y a peu de sympathie, peu de confiance ; mais la nécessité les réunit. C’est donc à ce parti que, de gré ou de force, sir Robert Peel sera forcé de demander les instrumens de son gouvernement en Irlande ; c’est à ce parti qu’il devra confier la charge d’administrer et de juger la démocratie catholique, cette démocratie qu’il regarde comme son éternelle ennemie. Est-il possible, avec de tels agens, d’obtenir de la modération et de l’impartialité ?

Dans tous ces beaux projets, d’ailleurs, on compte sans les passions humaines et sans les préjugés ; Je crois que lord Lyndhurst se repent de ses imprudentes provocations, et lord Stanley ne mérite certainement, sous aucun rapport, l’odieux surnom qu’il a reçu d’O’Connell. Toujours est-il que les provocations de lord Lyndhurst existent, et que le surnom de lord Stanley est devenu populaire en Irlande. Ces deux ministres eussent-ils les intentions les plus bienveillantes pour l’Irlande, on ne les croirait pas. De leurs mains, toute mesure sera