Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/431

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servant de complément à lui-même. Cependant Dieu n’a-t-il pas dit : Il nest pas bon que l’homme soit seul ? C’est vrai, mais il n’a prononcé ces paroles que parce qu’il n’a pas été entièrement satisfait, M. Guiraud nous l’affirme, de la manière dont l’homme usait de son isolement, de son unité ? Que faisait-il donc alors,le premier homme ? Malheureusement, sur ce point, M. Guiraud garde le silence ; nous sommes convaincu qu’il le sait, mais il n’a pas voulu le dire ; il a pensé sans doute qu’il publiait déjà un assez grand nombre de vérités nouvelles, sans être obligé de tout révéler ; poursuivons. Comment se nourrissait cet homme assez fortuné pour se servir de complément à lui-même ? Il s’alimentait par une nourriture subtile et incorruptible, car il n’avait pas d’intestins, il n’avait pas de dents, il n’avait pas non plus… Mais, monsieur Guiraud, il n’y a plus moyen de vous suivre ; il n’est permis qu’à vous seul, qui avez reçu immédiatement ces révélations curieuses, de dédaigner les convenances vulgaires et de parler avec le cynisme hardi des grands prophètes.

Cependant le premier homme, quoique merveilleusement doué, tomba dans un état de défaillance et s’endormit. C’était un commencement de dégénération, et cette dégénération fut continuée par la création de la femme, car la femme correspond dans la création primitive à la matière, et dans la seconde à la terre. Et remarquez, dit M. Guiraud, que ces trois choses, la matière, la terre, la femme, sont du même genre grammatical. Voilà qui est concluant. La femme, la terre et la matière sont du même genre. Que peut-on répondre à cela ? On voit que M. Guiraud n’est pas moins grand philologue que penseur profond. Si Adam avait été capable d’engendrer quand il était tout seul, cette faculté dut se développer encore quand une compagne lui fut associée. Nous voici amenés, dit l’auteur de la Philosophie catholique à l’explication d’un grand mystère. Il en parle fort à son aise, il marche de révélations en révélations, sans s’embarrasser de la peine qu’auront les profanes à les comprendre et à les exposer. Comment Adam et Eve, avant la chute, devaient-ils procréer, et comment sans la chute la multiplication de la race humaine se serait-elle opérée ? Dans l’École des femmes, quand Arnolphe vante à Chrysalde l’innocence d’Agnès, il lui dit :

L’autre jour, pourrait-on se le persuader ?
Elle est fort en peine et me vint demander,
Avec une innocence à nulle autre pareille,
Si les enfans qu’on fait se faisaient par l’oreille.