Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/485

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demi-siècle, trouver, par la puissance de son industrie et de son patriotisme, des hommes et de l’argent pour l’Espagne, des canons pour lutter contre Louis XIV, des navires pour s’en aller en même temps explorer les mers du nord et conquérir de vastes provinces dans les Indes.

Nous voudrions donner une idée de ces explorations des Hollandais qui forment un des chapitres les plus curieux de leur histoire, à une époque où cette histoire est si belle et si mémorable. Avant de raconter leur progrès dans les contrées méridionales, nous devons d’abord dire comment ils essayèrent à diverses reprises, de fonder des établissemens de commerce dans le Nord.

C’était dans le temps où les provinces des Pays-Bas, unies par le traité d’Utrecht, soutenues par l’Angleterre et la France, dirigées par le valeureux fils de Guillaume le Taciturne, s’organisaient en république et rompaient à tout jamais les liens qui les avaient enchaînées à la domination de l’Espagne. Philippe II, pour se venger de leur révolte, leur interdit l’entrée du Portugal, l’entrée de tous les ports où elles allaient naguère chercher les productions des Indes pour les répandre dans le reste de l’Europe. Une telle défense compromettait l’existence même de la nouvelle république ; car comment la Hollande subsisterait-elle sans commerce et sans navigation ? Mais l’arrêt de proscription qui devait causer sa ruine enfanta sa prospérité. Jusque-là les armateurs de Rotterdam et d’Amsterdam n’avaient pas envoyé leurs navires au-delà du Tage. Cette fois ils résolurent d’aller chercher aux Indes même les denrées qu’il leur était défendu de prendre dans les villes portugaises ; et comme ils craignaient de rencontrer les vaisseaux de Philippe II en suivant la route ordinaire, ils essayèrent d’en trouver une nouvelle au nord. Déjà l’espoir de découvrir un passage au nord-est ou au nord-ouest, pour arriver aux Indes, avait vivement occupé les Anglais. Dès l’année 1496, Sébastien Cabot avait tenté de résoudre cet immense problème. Trente ans plus tard, Henri VIII expédia deux grands navires dans le même dessein. En 1553, Hugues Willougby s’en alla échouer sur une des côtes les plus reculées de la Laponie. En 1556, Richard Chancelor s’aventura jusque dans les parages de la Nouvelle-Zemble ; et, sous le règne d’Elisabeth, Frobisher entreprit trois voyages vers les régions septentrionales, espérant toujours arriver par là au Cathay ou à la Chine. Les Espagnols, les Portugais, les Français firent aussi, à diverses reprises, les mêmes tentatives, et si elles n’aboutirent pas au but qu’ils s’étaient proposé, elles durent cependant pour