Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/511

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tendu qu’il faut les considérer du point de vue où le rédacteur s’est placé. C’est un manifeste, une déclaration de guerre contre le parti dominant, et un appel aux modérés. Quant au point de droit, il ne faut pas trop le prendre au sérieux. La tutelle d’une reine régnante n’est pas une question de droit civil, et le droit politique, en pareille matière, ne peut être immuable. Quoi ! la tutelle légale serait (par hypothèse) un grand danger pour le pays, et la législature ne pourrait pas la déposer en des mains plus sûres ! Du reste, nous n’avons pas besoin d’ajouter que nous n’entendons pas, par cette réflexion de pure théorie, justifier en rien la conduite d’Espartero et de son parti à l’égard de la reine-régente. Marie-Christine avait, sans regrets comme sans arrière-pensée, accepté le nouvel ordre de choses en Espagne ; elle avait gouverné le pays avec une grande habileté à travers des difficultés sans nombre et des périls sans cesse renaissans. L’Espagne la regrettera.

Les idées constitutionnelles excitent toujours une légère fermentation en Allemagne. Le roi du Hanovre oppose toujours l’entêtement et la violence aux légitimes réclamations de son peuple. Certes le roi Ernest n’est pas aujourd’hui plus légitime que ne l’était Charles X après les fameuses ordonnances. Heureusement pour lui, les Allemands sont un peuple admirable, je me trompe, étonnant de patience et de résignation.

Le bruit d’une association de douanes entre la France et la Belgique paraît avoir pris ces jours derniers quelque consistance. Amis de la liberté commerciale graduellement établie et sagement modifiée, nous ne saurions blâmer à priori une convention dont les clauses nous sont inconnues, et qui pourrait en effet aplanir, à des conditions équitables, les obstacles que le système prohibitif à élevés entre les deux pays ; mais nous avons des raisons de croire que ce projet n’est jusqu’ici qu’une sorte de roman politique, et qu’il serait prématuré de le prendre au sérieux. Il se peut sans doute, et c’est là peut-être tout ce qu’il y a de réel jusqu’ici dans l’affaire, que des ouvertures plus ou moins générales, plus ou moins vagues, aient été faites à notre gouvernement. Il est habile de la part de la Belgique de faire croire qu’il existe des négociations de cette nature. Elle excite ainsi les jalousies politiques et commerciales de nos voisins, et peut obtenir plus facilement des concessions pour son industrie. Le chef-d’œuvre d’habileté serait de faire craindre en même temps à la France une association commerciale de la Belgique avec l’Allemagne. L’adresse est la ressource et jusqu’à un certain point le droit des petits et des faibles. Le Piémont, dans ses beaux jours, se balançait ainsi entre l’Autriche et la France, et parvenait à échapper à l’asservissement politique.

Quoi qu’il en soit, une association de douanes entre la Belgique et la France ne serait possible qu’autant que le gouvernement belge ferait avec nous un arrangement à forfait. Il nous abandonnerait ses lignes de douanes que nous administrerions seuls, en recevant de nous, pour sa part du produit, une somme déterminée, ou bien une partie aliquote du produit réel tel qu’il se trouverait constaté par nos lois de finances. Tout autre système, toute autre intervention de l’administration belge pourrait compromettre nos intérêts, et