Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/547

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que l’esprit de système dominait toujours et rendait inutile ; incapable de faire une concession, même dans la pratique, sans pourtant rechercher, comme M. de Maistre, la gloire de heurter les préjugés et de braver les évènements ; si l’on excepte la part honorable qu’il a prise au retour et au triomphe des idées spiritualistes, on peut dire qu’avec les intentions les plus vertueuses, la caractère le plus droit et le plus aimable, la vie la plus pure, l’esprit le plus fin, le talent de publiciste le plus incontestable et le plus élevé, il n’a guère fait que du mal. Tout ce que nous croyons, il l’a nié ; tout ce que nous aimons, il l’a déserté ; nos conquêtes les plus glorieuses, nos droits les plus chers, il les a voulu détruire. Principe ruineux, conséquences odieuses, voilà sa philosophie. Qui pourrait s’étonner qu’elle ait laissé si peu de traces ? elle est tombé avec le système politique qu’elle soutenait.

On a dit que M. de Bonald avait été sous la restauration plus estimé que suivi ; il n’en est rien. Il n’avait sans doute ni la talent ni la pratique des affaires, et son génie le portait ailleurs ; mais on ne saurait méconnaître son influence dans les questions de principes, et il avait tellement lié sa philosophie à la proscription de la liberté sous toutes ses formes, que son système est en quelque sorte la philosophie des doctrines de la restauration. Il en a hardiment signalé le but comme théoricien, dans un temps où les hommes d’affaires et de pratique n’osaient peut-être pas se l’avouer à eux-mêmes. Cela pourrait expliquer comment, tout en l’approuvant et en le récompensant, on s’est abstenu de réclamer son concours ; il aurait demandé trop tôt le complément de la restauration. Cependant Charles X avait pour lui une estime et une amitié particulières, et nous savons, par un biographe qui ne saurait être suspect, qu’il avait toujours été bien plus avant dans les bonnes grâces de ce roi que dans celles de Louis XVIII. En philosophie, si M. de Bonald n’a pas, à proprement parler, fondé une école, il est du moins, avec M. de Maistre et M. de Lamennais, à la tête de ce qu’on a appelé l’école catholique. M. de Bonald était même plus particulièrement le philosophe de l’école, car l’Esquisse, de M. De Lamennais, est une publication toute récente, et l’Essai sur l’Indifférence en matière de religion, bien supérieur d’éloquence et de verve à tout ce qu’a jamais écrit M. de Bonald, ne traitait qu’une seule question, et ne constituait pas une doctrine. Le caractère propre de ces philosophe n’est pas de se tenir attachés à la foi catholique, ce qui leur serait commun avec beaucoup d’autres, mais d’admettre une révélation plus compréhensive que la révélation