Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/679

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affecté de confondre les deux engagemens dont je viens de parler, et de faire dépendre le second du premier. Rien n’est plus faux, et, pour s’en convaincre, il suffit de remarquer qu’au moment même où elle proclamait la politique de l’isolement la chambre, sur la foi du cabinet, croyait la note du 8 octobre accomplie et réalisée. Les paroles de M. de Lamartine et de tant d’autres ne laissent d’ailleurs aucun doute à cet égard. La note, quoi qu’il arrivât ; puis, la note réalisée, l’isolement au moins jusqu’à des concessions nouvelles et notables : voilà la politique que la chambre voulait alors et que le ministère acceptait.

Cela posé, voyons ce qu’est devenue cette politique. Et d’abord le gouvernement a-t-il fait respecter la note du 8 octobre dans son esprit et dans sa lettre ?

Il y avait deux choses dans la note du 8 octobre. Par cette note, la France se plaçait entre Alexandrie et la flotte anglaise, et couvrait hautement et ouvertement Méhémet-Ali de sa protection. Par cette note, en outre, la France stipulait en faveur de son allié une grande vassalité héréditaire. Et qu’on le remarque bien, les deux choses étaient absolument nécessaires. Pour que la France, après les tristes évènemens de Syrie, conservât encore quelque influence en Orient il fallait, d’une part, que l’Égypte restât une puissance considérable, et comme elle l’était, à peu près indépendante ; il fallait, de l’autre, qu’il fût bien constaté qu’elle devait cet avantage à l’intervention active de la France Voici maintenant ce qui est arrivé. Pour commencer, les quatre puissances trouvèrent fort mauvais que la France se permît de prendre Méhémet-Alii sous sa protection et de protester contre sa déchéance. Dès le 2 novembre le grand exécuteur des volontés de coalition, lord Palmerston, répondit donc à la note du 8 octobre par une contre-note dédaigneuse et blessante, dans laquelle la France était bien et duement avertie qu’on ne lui reconnaissait pas le droit de réserver l’Égypte, et qu’elle eût à l’avenir à se mêler de ce qui la regardait. Puis, pour que le monde n’en ignorât, cette note fut, par les soins de la coalition, publiée dans les journaux. Ce que le cabinet français a répondu, je l’ignore. Ce que je sais, c’est que, s’il a protesté, le cabinet anglais n’a tenu aucun compte de sa protestation ; ce que je sais, c’est que ce cabinet et ses confidens ont persisté à dire, à écrire, que la France n’était pas plus autorisée à intervenir dans la question du maintien ou de la révocation du pacha d’Égypte que dans celle de la nomination ou de la destitution du vice-roi d’Irlande et du gouverneur du Canada ; ce que je sais