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cabinet niait alors que M. Thiers fût exactement informé. Qu’en faut-il conclure ? Non certes que, dans la séance du 13 avril, le cabinet voulût tromper la chambre, mais qu’à cette époque il espérait encore de meilleures conditions. Quoi qu’il en soit, la convention du 13 juillet est précisément celle dont se défendait le ministère, et à laquelle la chambre refusait d’ajouter foi.

Passons là-dessus, et faisons un pas de plus.

On sait que le 13 juillet dernier deux actes ont été signés, L’un sans la France, pour déclarer, bien que dans des termes assez équivoques, Le traité du 15 juillet accompli et éteint ; l’autre avec la France, pour assurer à la Porte la possession exclusive des détroits. Un mot d’abord du premier de ces deux actes, puisqu’on prétend s’en faire un argument pour justifier le second.

Tant que le traité du 15 juillet existait, dit-on, la rentrée de la France dans le concert européen était absolument impossible ; mais le but du traité est atteint, et les puissances veulent bien nous en donner officiellement avis. De plus, à la demande expresse de l’envoyé de France, il n’a pas été inséré, dans le texte de la convention du 13 juillet, un seul mot qui rappelât l’existence de l’ancien traité. Que veut-on de plus ? Quel sujet de plainte nous reste-t-il ? et pourquoi refuserions-nous de reprendre nos vieilles relations ?

Je dois le dire, j’ai peine à concevoir que l’on ait osé même un jour, même une minute, présenter à la France une telle apologie. Le but du traité est atteint ! De quel but veut-on parler ? Si c’est du but officiel, ostensible, l’affermissement de l’empire ottoman et la pacification de l’Orient, la déclaration est hardie et reçoit des faits même le plus éclatant démenti. Si c’est du but réel et maintenant avoué, la destruction de l’influence française en Orient, la déclaration est vraie ; mais il est au moins étrange de nous l’offrir comme une preuve de bon vouloir et comme un gage de réconciliation. « Nous avons fait un traité malgré vous et contre vous, nous disent aujourd’hui les puissances. Grace à notre énergie et à votre prudence, ce traité est exécuté, et de tout ce que nous voulions vous prendre, il ne vous reste rien. Nous le constatons, et nous espérons que vous nous en saurez gré. » Voilà en résumé la déclaration dont on veut que nous nous tenions pour contens ! Si j’ai lu dans quelques vieilles comédies à peu près semblables, je ne pensais pas qu’un rôle nous y fût réservé.

Que les puissances qui, sans s’inquiéter de nos menaces, ont signé et exécuté le traité du 15 juillet se réjouissent de pouvoir annoncer