Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/693

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du 13 juillet offre à la France l’avantage indirect dont on fait tant de bruit ? est-il vrai qu’elle contienne en germe l’alliance des trois puissances du centre de l’Europe contre les deux puissances envahissantes qui, chacune pour sa port et de son côté, pressent l’Europe et le monde ? Est-il vrai, en un mot, que l’Autriche et la Prusse soient à la veille de se rapprocher de la France, et d’opposer, de concert avec elle, la politique d’égalité à la politique de prépondérance ? Cela vaut la peine d’être examiné.

Nul doute, d’abord, que l’alliance sérieuse, sincère, active, de la France et de l’Allemagne, ne fût un grand, un salutaire évènement. Malheureusement, dans l’état actuel des gouvernemens européens, cet évènement est impossible. Quand l’Angleterre et la Russie sont divisées, il y a chance d’entraîner l’Autriche et la Prusse de l’un ou de l’autre côté. Quand l’Angleterre et la Russie sont réunies contre la France, il est puéril d’espérer que l’Autriche et la Prusse, l’Autriche surtout, prennent le parti de la France. La raison en est simple. « L’Autriche, disait en 1828 un ingénieux publiciste, est toujours la veuve inconsolable de la sainte-alliance. » Depuis 1828, la sainte-alliance n’a pas ressuscité ; mais ses idées sont dans le cœur de quelques cabinets européens plus vivantes, plus enracinées que jamais. Depuis 1828, en effet la France a fait une révolution qui a brisé un principe cher à l’Europe, dépossédé une dynastie, consacré le droit des peuples de régler leur destin comme ils l’entendent et de choisir leur gouvernement. Or cette révolution, dont l’Angleterre se préoccupe peu, et qui n’inquiète guère la Russie, donne, au contraire, à l’Autriche et à la Prusse beaucoup d’ombrage et de souci. Jusqu’ici, sans doute, elle a été très modérée, très réservée, très patiente ; mais qui dit qu’elle le sera toujours ? qui dit qu’après un prince ami de la paix il ne viendra pas un prince qui cherche dans la guerre un moyen nouveau de force et de popularité ? qui dit même que, indépendamment de la couronne, les sentimens nationaux comprimés ne feront pas un jour explosion, et qu’une chambre élue sous l’empire de ces sentimens n’entraînera pas le gouvernement ? Et, quand rien de tout cela n’arriverait, ne sait-on pas que l’exemple d’institutions libres est contagieux par lui-même, et qu’il peut, surtout chez de si proches voisins, troubler les esprits et enflammer les cœurs ?

Il existe, à la vérité, d’honnêtes conservateurs qui se figurent que, pour l’Autriche et pou la Prusse comme pour eux, la question révolutionnaire est finie depuis que M. Thiers est tombé, et que, satisfaites de ce résultat, les deux puissances dont il s’agit sont toutes prêtes