Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/695

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Deux questions maintenant se présentent : la politique de l’isolement était-elle mauvaise en soi, assez mauvaise pour qu’après s’y être engagé on dût la déserter si promptement ? Utile en décembre et en janvier, est-elle devenue nuisible en août et en juillet, par suite de circonstances nouvelles ? Dans un de ces deux cas, il pouvait être juste et utile d’en sortir, au risque de paraître inconséquent.

La politique de l’isolement est-elle mauvaise en soi ? et nous sommes-nous tous trompés, quand, au début de la session, nous l’avons adoptée et soutenue ? Je remarque d’abord qu’il est assez fâcheux pour un pays de reconnaître si souvent à la face du monde qu’il s’est trompé. Pendant deux ans, la politique égyptienne est en France celle de tout le monde à peu près. Le gouvernement s’y livre avec passion ; la chambre la consacre par une adresse unanime ; le pays s’y attache et s’y dévoue. Puis un beau jour, quand le canon anglais bat en brèche cette politique, on s’aperçoit tout à coup qu’elle est mauvaise, et qu’on a eu grand tort de s’y engager. La politique de l’isolement alors lui est substituée ; on l’exalte, on la glorifie, on la présente presque comme une compensation suffisante de nos échecs. Puis trois mois après, quand les puissances s’en inquiètent et s’en irritent, on découvre qu’après tout elle n’avait pas les avantages qu’on en attendait et qu’il faut se hâter d’en sortir. Est-ce donc ainsi qu’un grand pays maintient sa dignité et sert ses intérêts ? Une politique, même médiocre, suivie avec fermeté et persévérance, peut produire de bons effets. La meilleure politique, quand on la prend et qu’on la quitte si facilement et si vite, ne saurait aboutir qu’à l’affaiblissement et à la déconsidération.

C’est d’ailleurs se faire une étrange idée de la politique d’isolement que de la représenter tantôt comme une politique taquine et tracassière, tantôt comme un politique oisive et indifférente. Dans la politique d’isolement, il ne s’agissait pas de rester étranger à tout ce qui se passe dans le monde et de regarder faire. Il s’agissait encore moins d’aller chercher à l’Europe de mauvaises querelles pour se dédommager de n’en avoir pas soutenu une bonne. Se tenir à l’écart et témoigner par une attitude froide et digne son juste mécontentement, dire à l’Europe qu’elle est entré dans une voie où l’on ne veut pas la suivre, peser par son absence même et par sa désapprobation sur les combinaisons qui se préparent, avertir les puissances coalisées que, si, pour cette fois, la France a subi la loi du plus fort, sa patience a un terme, et qu’il faut se garder de la mettre encore à l’épreuve ; enfin et surtout imprimer un caractère précaire et provi-