Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/697

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réunies, comme on sait, le 15 juillet 1840 pour pacifier et consolider l’empire ottoman ! Et l’on cherche dans de tels évènemens un motif pour la France de joindre sa signature à celle des quatre puissances, en renonçant une fois pour toutes à ses réserves et à ses protestations ! Ce que cela signifie, le voici. Les quatre puissances ont réussi dans leur projet principal, celui de dépouiller et d’abaisser la France. Elles ont échoué dans leur projet secondaire, celui de rendre la paix à l’Orient et la sécurité à l’empire ottoman. Plus que jamais, l’Orient s’agite, et l’empire ottoman se décompose. Or, dans la crise nouvelle qui se prépare, un seul pays est libre de tout engagement et maître de prendre le parti qui lui plaira, sans qu’on puisse lui reprocher ni déloyauté ni trahison. Ce pays est la France, a laquelle ainsi de belles chances peuvent être bientôt offertes. Ces chances, il faut qu’elle se hâte de les répudier d’avance, afin qu’au moment décisif elle n’ait pas même la tentation d’en profiter !

Il me reste, pour terminer cette discussion, un dernier argument à examiner. Il est possible, dit-on, que la France soit, comme elle l’a déjà été, entravée dans ses projets, déçue dans ses espérances ; mais qu’importe ? après comme avant la convention du 13 juillet, rien ne l’empêchera d’avoir une politique indépendante, personnelle, isolée, la politique qu’avait choisie la France. Ce sera l’isolement e dedans, au lieu de l’isolement en dehors. Voilà tout.

Ce sera l’isolement en dedans ! Rien n’est plus vrai, et là précisément était la raison décisive de ne pas signer la convention. C’est aussi l’isolement en dedans que créait la note collective du 27 juillet 1839, cette note fatale, origine et cause de tous nos maux. Qu’en est-il résulté ? Que le jour où la délibération est devenue sérieuse, il s’est trouvé, malgré des intérêts bien divers quatre voix contre une, et que nous avons été réduits à la triste alternative de souscrire à une politique ruineuse pour nous, ou de nous retirer avec éclat de la conférence. C’est ce dernier parti que nous avons pris, et nous avons bien fait ; mais combien affaiblis par la déplorable signature que nous avions donnée ! La France, disait-on, a consenti à soumettre la question d’Orient à l’arbitrage d’un tribunal européen, et parce que la décision n’est pas selon ses vœux, elle boude et se retire ! Est-ce là une conduite loyale, sensée, politique ? Ce qui est arrivé alors arrivera encore à bien plus forte raison. Qu’un évènement quelconque dérange le statu quo oriental, et que la France veuille y faire apporter quelque modification, nul doute qu’il n’y ait d’un côté son vote, de l’autre celui des quatre puissances nul doute aussi qu’on ne lui rap-