Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/699

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prétexte honorable pour n’agir dans aucun cas ; ceux qui ne voulaient pas que la France consacrât par son adhésion même tacite des faits accomplis sans elle et contre elle, et ceux qui craignaient qu’en rentrant dans la conférence on n’y rencontrât de nouveaux sujets de querelles et de brouilles ; ceux qui gardaient au fond du cœur un ressentiment profond de la conduite des puissances envers la France, de l’Angleterre notamment, et ceux qui ne songeaient qu’à garder désormais entre toutes les puissances une stricte et pacifique neutralité ; ceux enfin qui désiraient saisir cette occasion de fortifier la puissance militaire de la France afin de la préparer à de nouvelles luttes au dehors, et ceux qui trouvaient bon d’augmenter l’armée afin d’avoir à l’intérieur une force disponible plus considérable. C’est ce qui fait que la politique d’isolement rencontra si peu d’antagonistes, et fut acceptée à peu près à l’unanimité.

Par malheur, un tel accord était plus apparent que réel, et ne pouvait pas durer. Bientôt en effet l’isolement et la paix armée, qui en était la conséquence, commencèrent à porter ombrage à l’Europe, et à soulever de sérieuses réclamations. La Russie, on le conçoit, ne se plaignait pas de notre isolement, et se souciait peu qu’il durât. L’Angleterre affectait d’y être indifférente. Les discussions de la chambre, en montrant à l’Angleterre combien la France était blessée ; les armemens, les fortifications et les sommes énormes qu’on y consacrait, une certaine atmosphère belliqueuse, enfin, dans laquelle vivait le pays, et qui pouvait affermir à la longue les courages les plus douteux, tout cela pourtant donnait à penser à l’Angleterre, et l’aigrissait contre le nouveau cabinet. C’est alors que les journaux ministériels de Londres se mirent à traiter M. Guizot à eu près comme ils avaient traité M. Thiers quelques mois auparavant, et que le duc de Wellington écrivit à Paris une lettre dans laquelle il se plaignait vivement, bien que convenablement, de l’isolement et des armemens de la France. C’est alors aussi que dans le parlement l’opposition évitait d’attaquer la politique extérieure du ministère whig, parce que, disait-elle, il pourrait en résulter à Paris une force nouvelle pour le parti belliqueux.

Mais les deux puissances que désespérait l’attitude de la France, c’est l’Autriche et la Prusse, l’Autriche surtout, plus prévoyante et plus habile. L’Autriche et la Prusse, on le sait, avaient signé le traité du 15 juillet et sans enthousiasme, sans goût, et uniquement pour ne pas se séparer de la Russie et de l’Angleterre. Il leur paraissait fort dur d’avoir à supporter, comme voisines continentales de la France,