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France en Europe. C’est une étude pleine d’intérêt, et qui porte en elle-même de graves avertissemens.

Malgré les désastres qui attristèrent la fin de son règne, on sait que Louis XIV laissa la France plus grande et plus forte qu’il ne l’avait trouvée. C’est de son temps que furent réunis au vieux territoire français l’Alsace, la Franche-Comté, la Flandre française, Metz, Toul, Verdun, l’Artois, même et le Roussillon, dont la conquête, lorsque mourut Louis XIII, était encore imparfaite. De plus Louis XIV plaça son petit-fils sur le trône d’Espagne, et modifia ainsi au profit de la France l’équilibre européen. Louis XV, à son tour, se fit céder la Lorraine et acheta la Corse ; mais là s’arrête le progrès et commence le déclin. Voici donc quelle était, au milieu du dernier siècle, la force territoriale de la France.

Elle avait, en Europe, le territoire de Louis XIV tout entier, plus la Lorraine, dont la réunion venait d’être réglée en 1735, et Minorque, reprise en 1745 ;

En Amérique, le Canada, l’Acadie, la Louisiane, tout le cours du Mississipi et de l’Ohio ainsi que les terres fertiles qui les bordent, les trois quarts en un mot de l’Amérique du Nord dont le littoral seul appartenait à l’Angleterre, presque toutes les Antilles et spécialement Saint-Domingue, Cayenne ;

En Afrique, le Sénégal, Gorée, Madagascar, les îles Mascareignes, au nombre desquelles d’Ile-de-France ;

En Asie, les deux côtes de l’Inde, depuis le cap Comorin jusqu’à Surate et au Gange.

Elle avait en outre, entre sa frontière et le Rhin, des états ecclésiastiques pour la plupart qui ne pouvaient se défendre contre elle.

Aujourd’hui la France a perdu l’Amérique, du Canada à la Louisiane, et par conséquent toute position dans les golfes de Saint-Laurent et du Mexique ; la plupart des Antilles, notamment Saint-Domingue ; Gorée, Madagascar, l’île de France, tout l’Inde, à l’exception de deux comptoirs insignifians ; Minorque enfin, et quatre places fortes construites par Louis XIV pour garder la frontière. Au lieu d’états petits et faibles, elle a pour proches voisins à l’est la Prusse et des états moins redoutables par eux-mêmes, mais qui, enlacés dans la confédération germanique, y trouvent une grande force d’emprunt.

A ce triste tableau on oppose, je le sais, l’Algérie, ce grand empire que la Providence, comme on dit, a mis à deux journées de Toulon pour nous dédommager de toutes nos pertes. J’ai, pour ma part, le malheur de peu croire à l’Algérie, et, malgré les talens militaires et