Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/709

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à Ferrare, et dont, au besoin, le bras s’étend par-dessus les Abruzzes pour protéger le roi de Naples contre ses sujets. Et cependant quand, en 1831, M. Périer planta le drapeau français sur les murs d’Ancône, il fit une grande chose. Ancône n’était peut-être pas une place bien forte, et 1500 Français n’auraient pu résister long-temps à l’armée autrichienne toute entière ; mais cette place entre les mains de la France avait un sens, ces 1500 Français étaient une avant-garde qui donnait à penser. J’en appelle à quiconque a parcouru l’Italie de 1831 à 1838, n’est-il pas vrai que le drapeau tricolore à Ancône offrait à la fois aux populations une garantie d’indépendance, un espoir de liberté ? N’est-il pas vrai que bien des regards se tournaient vers ce drapeau, et que par lui la France restait présente aux esprits et aux cœurs ? Un jour pourtant il a disparu, et avec lui toutes les espérances et tous les sentimens qu’il avait apportés en Italie.

Je n’entends point renouveler ici un e discussion épuisée, ni rechercher si, en évacuant Ancône, nous avons, comme le disait, il y a trois ans, le gouvernement, subi une triste nécessité, ou comme l’affirmait l’opposition, fait à l’Autriche une concession volontaire et gratuite. Je prends le fait tel qu’il est, et je dis que, nécessaire ou volontaire, il a porté une grave atteinte au-delà des Alpes à l’influence française. Je dis que les gouvernemens ont cessé de nous craindre, comme les populations d’espérer en nous, et qu’aujourd’hui l’influence autrichienne règne dans ce beau pays sans contrepoids et sans contestation. Et qu’on ne s’y trompe pas, c’est là pour la France un affaiblissement notable, en temps de paix non moins qu’en temps de guerre. Dans la complication actuelle des affaires européennes, il y a toujours entre les états quelques questions à résoudre, quelques différends à régler par la diplomatie ou par la guerre. Or la diplomatie aussi bien que la guerre a besoin de positions et de points d’appui. Pour négocier comme pour se battre, c’était donc une grande force que d’avoir sur le point par où l’Autriche est surtout vulnérable, la pointe de notre épée, et le la lui faire sentir ; c’était une grande force que de lui montrer sans cesse, sur cette terre dont elle se croit souveraine, nos couleurs à côté des siennes, et nos soldats campés au milieu de ces populations qu’elle aspire à dominer. En 1840, je l’ai déjà dit, l’Autriche n’a signé le traité du 15 juillet qu’avec beaucoup de trouble et d’inquiétude, et dans les deux mois qui l’ont suivi, peu s’en est fallut qu’elle ne se retirât de la coalition. Qui sait ce qu’elle eût fait si elle eût vu encore la Lombardie ouverte à la France et menacée par la révolution ?