Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/711

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radical ; que la France s’est ainsi trouvée pressée entre deux opinions qui lui étaient également hostiles, et que l’Autriche a su tourner à son profit cette étrange situation.

Pour être juste, il faut reconnaître que, depuis deux ans, le gouvernement français paraît s’être aperçu de son erreur, et qu’il travaille un peu mollement peut-être, mois sincèrement, à la répare. Dans l’affaire des couvens l’Argovie notamment, le gouvernement français s’est placé avec raison entre les prétentions extrêmes, et a secondé l’action conciliatrice des hommes modérés. C’est une bonne tendance, et dans laquelle il fera bien de persévérer. Mais, de tous les pouvoirs, celui qui s’acquiert par voie d’influence et le plus difficile à reprendre, une fois qu’on l’a perdu. Pour revenir au point où nous étions il y a huit ans, il faudrait d’énergiques efforts, beaucoup de persévérance et des succès éclatans, toutes choses auxquelles, depuis quelques années, notre diplomatie ne nous a pas habitués.

Voilà pour l’Italie et la Suisse. Quant à l’Espagne, l’échec qu’y a subi notre politique est cent fois plus grave encore et plus mortifiant. La France, tout le monde le sait, depuis que s’est écroulé l’empire de Charles-Quint, a tendu constamment à attirer l’Espagne dans sa sphère et à contracter avec elle une alliance solide. C’est dans cette pensée que Louis XIV, malgré les grands avantages qu’on lui offrait ailleurs, voulut mettre son petit-fils sur le trône de Madrid, et que fut, soixante années plus tard, signé le pacte de famille. C’est cette pensée qui dirigeait Napoléon en 1808, quand, par des moyens injustes et malheureux, mais dans un but légitime, il essaya d’attacher par un lien indissoluble la vieille monarchie espagnole à son empire nouveau. C’est à cette pensée qu’obéit, en 1823, la restauration le jour où, malgré l’opposition de l’Angleterre, elle envoya cent mille Français de l’autre côté des Pyrénées renverser la constitution et rendre à Ferdinand son plein pouvoir. Du point de vue libéral, cette expédition était déplorable et criminelle, puisqu’elle tendait à relever un régime vicieux et usé. Du point de vue purement français, et la restauration donnée, elle pouvait très bien se justifier, et répondait, ainsi que le vit M. Canning, à un intérêt réel et permanent du pays. Jamais, au reste, cet intérêt n’a été méconnu par la révolution de juillet et, par son gouvernement. Que répondaient les ministres de ce gouvernement au parti légitimiste lorsqu’il leur reprochait d’avoir, par l’appui prêté à la jeune reine, compromis dans l’avenir l’alliance de famille ? Ils répondaient qu’aujourd’hui les alliances de famille sont peu de chose quand elles ne sont pas soutenues par la commu-