Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/713

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déjà quelques conflits. On sait que le traité de commerce projeté et dit-on, promis par Espartero soulève, surtout dans les provinces du nord, une vive et bruyante opposition. Partout, d’ailleurs, l’Angleterre semble prendre à tâche de donner de l’ombrage à l’Espagne et d’éveiller sa susceptibilité. Ce sont ici deux îles improductives aujourd’hui, mais dans une magnifique situation, dont elle veut devenir maîtresse, et que le gouvernement, son vassal, lui cède sans hésiter ; là, deux autres îles entre l’Espagne et la France, qu’elle convoite et qu’elle menace. On a fait un grand crime au 1er mars de la surveillance qu’il voulait exercer sur les Baléares, dans la prévoyance d’une guerre avec l’Angleterre : qu’en dit-on maintenant ? Le 1er mars avait-il tort ? Et les excellens Français qui lui reprochaient à cette occasion de faire injure à lord Palmerston, commencent-ils à s’apercevoir que leurs sentimens cosmopolites les ont entraînés un peu loin ?

Ce n’est pas la première fois, au reste, que l’Angleterre alliée de l’Espagne serait devenue son ennemie, et il en existe un éclatant exemple. Assurément, entre l’Angleterre et l’Espagne, pendant les derniers temps de l’empire, l’union paraissait bien intime et le lien bien étroit. Qui ignore pourtant que, si l’empire eût vécu six mois de plus, une grande bonne fortune lui était réservée, celle de voir les armées anglaises et espagnoles se tourner l’une contre l’autre ? La dernière histoire de la guerre d’Espagne par Napier, et la correspondance officielle du duc de Wellington, ne laissent aucun doute à cet égard. Aujourd’hui, par Espartero et par Arguelles, l’Angleterre gouverne l’Espagne aussi complètement qu’elle la gouvernait, en 1814, par le duc de Wellington ; mais le joug commence à peser, et peut-être le jour n’est-il pas éloigné où l’Espagne voudra s’en délivrer.

Je ne dirai qu’un mot du Portugal, où, depuis le traité de Methuen, l’Angleterre a toujours exercé une sorte de protectorat commercial et politique. Cependant la France y était quelque chose quand, sous la restauration, son ambassadeur, le loyal et courageux M. Hyde de Neuville, sauvait Jean VI des complots de don Miguel et de lord Beresford ; quand, dès les premiers jours de la révolution de juillet, l’amiral Roussin forçait le Tage ; quand, en 1832, don Pedro et la jeune reine recrutaient en France l’armée constitutionnelle ; quand, plus tard, un chargé d’affaires de France donnait à l’indépendance portugaise un appui énergique contre la domination de l’Angleterre. La France, aujourd’hui, est-elle quelque chose en Portugal, et lui reste-t-il dans ce pays une ombre d’influence ? D’un bout à l’autre