Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/719

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ment les finances. Cependant l’Angleterre n’en a pas moins conservé l’influence prédominante, et le parti français reste exclu des affaires. Une preuve éclatante vient d’en être donnée dans l’avènement à la présidence du conseil de Maurocordato, chef reconnu du parti anglais, comme Colocotroni du parti russe, comme Coletti du parti national. C’est là pour l’Angleterre un triomphe incontestable, et qui, si Marucocordato tient ce qu’on espère de lui, donne gain de cause définitif à la politique plus habile que franche de lord Palmerston et du ministère whig.

Dois-je ajouter qu’il existe en ce moment quelques chances pour que les choses ne tournent pas ainsi ? Le nouveau président du conseil, bien que dévoué jusqu’ici à l’Angleterre, est un homme éclairé, instruit, vraiment patriote, et qui, par la lutte constitutionnelle qu’il vient de soutenir contre le roi Othon, a donné la mesure de sa fermeté. Peut-être donc voudra-t-il être Grec avant d’être Anglais, et, s’il est Grec, il est impossible qu’il ne s’appuie pas sur la France. Déjà on dit qu’après sa nomination il n’a pu se mettre d’accord avec lors Palmerston sur la nature et sur l’étendue des institutions constitutionnelles dont il convient de doter aujourd’hui la Grèce. On ajoute même que, dans son voyage à Paris, il s’est rapproché de Coletti et a manifesté les plus honorables intentions. S’il en est ainsi, il y a là, pour le gouvernement français, une occasion de réparer, en partie du moins, ses fautes antérieures ; et cette occasion, quelques actes récens font espérer qu’il saura la saisir. En Grèce, je le répète, les esprits et les cœurs sont naturellement tournés vers la France ; il s’agit seulement, par une conduite un peu habile, de les maintenir dans cette direction.

Il ne me reste plus qu’à jeter un coup-d’œil sur le théâtre de nos derniers revers, sur l’empire ottoman. J’en ai dit assez à propos de la convention du 13 juillet pour que ce coup-d’œil soit rapide.

On sait que, peu de jours après la révolution de 1830, quand une collision entre la France et l’Europe était imminente, l’ambassadeur français à Constantinople voulut tirer parti des vieux ressentimens de la Porte contre la Russie, et donner à son pays le sultan Mahmoud pour allié. Le maintien de la paix fit évanouir ce projet, et bientôt, grâce aux avantages de sa position géographique, grâce à la faiblesse croissante de la part de la France et l’Angleterre, la Russie fut acceptée à Constantinople à titre de protectrice et de patronne. Mais si de ce côté notre influence avait déchu, d’un autre côté elle s’était