Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/733

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Pourquoi ces paroles enflammées, pourquoi ce tableau des souffrances humaines qui n’a rien de spécial à notre temps, et cette complaisance à étaler des plaies que jamais peut-être autant de mains ne se sont empressées à guérir ? Est-ce uniquement de pétitions et de signatures Pour la réforme électorale qu’il s’agit au fond de tout cela ? Le résultat final d’une telle excitation dans la pensée des hommes qui la provoquent, ne doit-il être qu’une modification à la constitution politique qui nous régit ? Un pareil but suffirait-il pour provoquer le réveil de ces trente-trois millions d’hommes que l’on convie à rompre leurs chaînes ? et ne faut-il pas croire, ne fût-ce que pour excuser ce délire de l’intelligence et de la passion, que l’on poursuit au moins à traverse cette route sombre et sanglante une secrète panacée pour toutes les douleurs, une transformation radicale dans la condition même de l’humanité ? Telle est assurément la pensée de l’auteur, et vous pouvez entendre le tribun se changer en prophète :

« Serf dans l’ordre domestique, dans l’ordre civil, dans l’ordre politique, le peuple est tourmenté du besoin de s’affranchir, pour assurer sa vie par une meilleure organisation du travail, et une plus équitable distribution de ses fruits, pour remonter à la dignité d’homme, pour conquérir les droits de citoyen. La grande révolution qui s’opère sous nos yeux n’a pas d’autre motif, d’autre but, et rien ne l’arrêtera que ce but ne soit atteint. Ce que veut le peuple, Dieu lui-même le veut ; car ce que veut le peuple, c’est la justice, c’est l’ordre essentiel, éternel, c’est l’accomplissement dans l’humanité de cette sublime parole du Christ : qu’ils soient un, mon père, comme vous et moi nous sommes un ! Ce jour de la justice et de la paix, ce jour que bénira l’humanité future, qu’elle célébrera dans ses sacrés cantiques, i n’est au pouvoir de personne d’empêcher qu’il ne vienne, mais il dépend de nous de le hâter. Que nos efforts soient unanimes, que rien ne nous lasse, ne nous décourage, ni la résistance de quelques-uns, ni l’inertie de plusieurs autres, et bientôt la lumière se fera, et bientôt l’astre qu’attend le genre humain, qu’il appelle de ses vœux, que saluent ses fermes espérances, enflammera les stagnantes vapeurs de l’horizon. »

Ce qu’on attend, ce qu’on salue de loin, c’est donc une ère nouvelle où l’œil de l’homme verra ce qu’il n’a point encore vu, où son oreille entendra ce qu’elle n’a point entendu, organisation merveilleuse où les difficultés qu’a présentées dans tous les siècles l’antagonisme des intérêts seront résolues par un miraculeux balance-