Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/767

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les Tartares, la Russie ne fit dans les steppes que des progrès insignifians. Dès qu’elle eut asservi cette race d’hommes étranges, demi-nomades et demi-agricoles, cavaliers habiles et marchands rusés, elle avança librement dans ses projets de colonisation. Le Cosaque est endurci à la fatigue comme son cheval, et fait de longues expéditions comme le Kirgesse. Dès qu’il arrive quelque part, il s’installe, sillonne la terre, sème du grain, et amasse autour de lui du bétail. Il est avide de commerce autant que de butin, et achète ou vend dans toute occasion. On a souvent cherché l’origine de cette race marchande et soldatesque, incorporée maintenant à la Russie. Les uns la regardent comme un reste des hordes tartares, d’autres pensent qu’elle provient d’une troupe de guerriers aventureux, chassés jadis du milieu de la Russie comme le rebut de la nation. Dans leur langue, dans leurs mœurs et leur caractère, les Cosaques représentent un des anciens élémens d’une branche de la nation russe et slave ; leur alliance avec les Polonais, les Tartares et beaucoup d’autres peuples, leur a imprimé un cachet particulier. Par le sol qu’ils occupent, par leur nature distincte, ils sont comme un intermédiaire entre l’intérieur de la Moscovie et les steppes du sud, et doivent puissamment servir à rallier les deux pays.

L’organisation des Cosaques en troupes légères date de l’époque où la Russie subjugua les Tartares. La Russie s’entoura de lignes de Cosaques comme celles qu’elle conserve encore du côté des provinces non conquises de l’Asie. Dans l’origine, ces lignes s’étendaient du Volga jusqu’au Don et du Don jusqu’au Dnieper, sur les anciennes limites de l’Ukraine. On établit des digues ; on construisit sur différens points des redoutes en bois et en terre, et les Cosaques étaient là pour faire la guerre dans les steppes. Après la conquête de Kasan et d’Astrakan, ces anciennes lignes de Cosaques furent abandonnées et en partie supprimées ; leurs camps et leurs forteresses se changèrent en villes. On voit encore çà et là, dans l’Ukraine, des vestiges de ces anciennes barrières, et maintenant le Caucase, les steppes des Kirgesses, sont entourés de ces remparts de la domination russe.

Ces lignes de Cosaques s’imprègnent peu à peu du caractère des peuples avec lesquels ils sont dans des rapports continus, tantôt d’hostilité et tantôt de paix. Ici ils s’habillent comme des Tcherkesses, là comme des Kirgesses. C’est par le caractère des Cosaques, très peu connu jusqu’à présent, que l’on expliquerait la manière dont ces immenses contrées, enclavées dans l’empire russe, restent soumises à une même volonté et obéissent à une même impulsion. Elles ne peuvent être conquises et maintenues dans l’obéissance que par ces troupes agiles et rapides qui s’en vont si vite de montagne en montagne, de fleuve en fleuve. Les peuplades des steppes humides, des plages glaciales, ne pouvaient avoir de relations commerciales qu’au moyen de ces soldats marchands qui courent d’un peuple à l’autre avec leurs chevaux chargés de toiles et de fourrures. L’agriculture et les élémens de civilisation ne pouvaient être importés dans ces régions barbares que par ces mêmes hommes endurcis à toutes les