Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/773

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


étrangère et commencer une vie nouvelle. Ses compagnes, groupées autour d’elle, l’encouragent et lui promettent un doux avenir, mais elle semble ne pas entendre leurs paroles, et, lorsqu’après le tumulte du festin et de la danse, l’instant arrive où elle doit dire adieu à ses parens, elle se retire une dernière fois dans sa chambre, et on la trouve pleurant sur son lit. On l’emporte sur le char qui doit la conduire dans la demeure de son époux. Elle s’assied, les yeux bandés, auprès de sa belle-mère. La voiture est toute drapée de blanc ; le collier du cheval, couvert d’étoffes de diverses couleurs, est orné de petites clochettes dont le bruit attire l’attention des passans. Quand elle entre dans sa nouvelle habitation, on lui présente un morceau de pain qu’elle partage avec son époux, pour montrer que désormais ils doivent l’un et l’autre mettre en commun tout ce qui leur appartient, et le lit nuptial est préparé dans la chambre où l’on garde les provisions, pour donner aux jeunes époux un présage de prospérité.

Dans l’Esthonie, les cérémonies des fiançailles sont à peu près les mêmes. Quelquefois elles entraînent encore plus de formalités. L’avocat du fiancé se présente dans la famille de la jeune fille, sous le prétexte de chercher une bouteille d’eau-de-vie aux parens, et si le père et la mère refusent de boire, c’en est fait de ses prétentions. Il faut qu’il se retire. Le jour où l’époux emmène sa femme chez lui, le cortège s’arrête auprès des lacs, des chênes, des sources d’eau vivre qu’il rencontre sur sa route, et offre des présens aux génies qui les habitent, pour les rendre favorables aux nouveaux époux. La fiancée est couverte d’un long voile, pour cacher les larmes qu’elle doit verser en quittant sa famille. Quand elle revient de l’église, on répand sur sa tête et sur celle de son époux une poignée de grains d’orge, et tandis que ses compagnes dansent et chantent autour d’elle, on lui met entre les bras un enfant auquel elle donne une parie de bas. Puis le chevalier d’honneur de son mari lui place trois fois un chapeau sur le front, et trois fois elle le rejette, pour montrer qu’elle proteste contre la domination de son époux, mais qu’en même temps elle s’y soumet, et le même représentant du symbole conjugal lui donne un soufflet pour lui faire reconnaître cette domination de la manière la plus irrécusable. Le soir, elle distribue des présens à tous les convives, qui lui donnent en échange de ce témoignage d’affection des brebis et des ruches d’abeilles. Le lendemain on la conduit en chantant dans les diverses parties de sa nouvelle habitation, et son premier soin est de balayer le four aux yeux de tous les assistans.

Dans la Courlande, les mœurs sont moins naïves et plus riantes. Mittau, capitale de cette province, est habitée en grande partie par une noblesse riche, animée tout l’hiver par des courses en traînaux, des bals parés, des réunions brillantes. On dirait que la cour de Louis XVIII, en quittant cette ville, y a laissé le goût de son élégance et de ses habitudes aristocratiques. A quelque distance de là on trouve, dans de vastes domaines, de grands seigneurs qui exercent l’hospitalité avec un fastueux abandon. Là, tout étranger est le bien