Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/815

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et les mœurs des Anglais qu’avec une grande lenteur, et que probablement, au lieu de miner et de renverser d’un coup l’édifice, ils s’infiltreront peu à peu dans le corps social, se mêleront à toute chose, et produiront à la longue une transformation au lieu d’un bouleversement.

En Angleterre, la question politique n’est jamais celle de l’immobilité et du progrès. Aucun parti ne vient dire sérieusement : Je veux que les choses restent éternellement telles qu’elles sont aujourd’hui ; moins encore entendrait-on un homme sérieux affirmer qu’il faut revenir en arrière et s’acheminer vers le passé.

Il n’est jamais d’autre question que celle d’un progrès plus ou moins rapide, d’une conduite plus ou moins sage, plus ou moins habile, d’une expérimentation plus ou moins prudente et mesurée. Ce ne sont pas les idées que l’Angleterre demande avant tout à ses hommes de gouvernement. Les idées, tout le monde les a ou peut se les procurer. Dans tout pays libre, elles circulent avec une telle rapidité, qu’elles deviennent bientôt un bien commun et ne sont plus la propriété exclusive de personne. Lord Palmerston n’a pas inventé l’intervention à main armée, ni lord John Russel la liberté communale. Ce que les Anglais demandent avant tout à leurs hommes d’état, c’est le talent de la mise en œuvre ; c’est cette force contenue, cette mesure sans timidité, cette saine appréciation de toutes les circonstances, et, pour tout dire en un mot, ce tact politique qui empêche l’homme d’état de faire trop ou trop peu, qui lui fait découvrir les limites du possible, les justes proportions de toutes choses.

L’Angleterre, nous le croyons, ne voyait pas de mauvais œil la restitution de la Syrie au sultan et l’abaissement de Méhémet-Ali. A tort ou à raison, elle s’effrayait pour les intérêts anglais de la puissance croissante du pacha en Asie. Cependant on se tromperait fort si on croyait que l’Angleterre a su gré à lord Palmerston d’avoir atteint le but en brisant l’alliance anglo-française. Les Anglais, et je les en loue fort, ont trop d’orgueil national pour énoncer en ces matières délicates leur pensée toute entière. A l’endroit des relations extérieures, ils n’hésitent pas à couvrir d’un voile patriotique les fautes de leur gouvernement. Mais à coup sûr ils n’ont pas pardonné à lord Palmerston ses témérités et les conséquences financières qu’elles ont eues pour l’Angleterre elle-même. Ce n’était pas d’un homme d’état que de ne pas prévoir que le traité du 15 juillet aurait rompu l’alliance anglo-française, agité les esprits en France, et forcé notre gouvernement à des armemens considérables. S’il se trouvait chez nous aujourd’hui des hommes qui blâmassent ces mesures, tant pis pour nous. Qui les blâmait dans le temps ? Qui aurait osé alors ne pas les prendre ? Ces armemens de la France plaçaient l’Angleterre dans la nécessité d’augmenter les siens, et de préparer ainsi le déficit qui a suggéré au cabinet anglais ses projets sur le corn-law.

De même, nous penchons à croire que des modifications importantes dans le système des douanes, surtout en ce qui concerne l’importation des céréales, seraient accueillies avec faveur par la majorité en Angleterre. Mais ce que