Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/889

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envoie à grands frais, et munis de grosses sommes, dans toute l’Europe, pour dépouiller de leurs joyaux le duc de Bourgogne et d’autres princes qui se livrent avec fureur à la passion du jeu. Les opérations de bourse ne sont pas aussi modernes qu’on le suppose. A Gênes, à Florence, on jouait alors à la hausse et à la baisse. Le papier monnaie, que des marchands italiens avaient trouvé au fond de l’Asie, chez les Mongols, s’était promptement introduit en Italie, et amenait des banqueroutes et des catastrophes terribles. On condamnait au feu tout chrétien qui avait commercé avec une femme juive, et l’on adjugeait des dommages-intérêts à celui dont la concubine avait pris un autre amant.

Ces lois nous font aussi connaître ce qu’on entendait par liberté à cette époque. Jusqu’au moment de leur chute, ces républiques, qui, pour abattre les nobles et les barons, avaient décrété l’affranchissement des serfs de la glèbe, ont conservé la traite des blancs c’est-à-dire la vente et l’achat d’hommes blancs, indépendamment de toute propriété foncière. Les lois de la république de Florence, rédigées par des marchands et par des ouvriers, étaient souverainement injustes pour tout ce qui était au-dessus ou au-dessous de la classe qui gouvernait. D’une part, elles disaient à l’esclave : Même si tu te fais chrétien, tu mourras dans les fers ; et, si tu tentes de t’enfuir, on pourra violer le domicile des citoyens pour te chercher. De l’autre, elles disaient aux nobles : Vous serez éternellement exclus des droits politiques, et, pour vous flétrir, on rendra nobles tous ceux qui ont été condamnés pour meurtre, pour empoisonnement, pour vol, pour inceste, pour… La plume se refuse à écrire la dernière cause d’anoblissement ! On voit que la loi des suspects n’était qu’une bagatelle en comparaison du code des Florentins.

Nous le répétons, on ne saurait connaître l’histoire des mœurs en Italie qu’à l’aide d’une étude approfondie des arts originaux, des diplômes et des statuts ; car, on le sait, les historiens et les chroniqueurs s’occupent de préférence de la politique, des guerres et de tout ce qui a de l’éclat. C’est pour cela que nous applaudissons si franchement à ces publications qui se font à Turin par ordre du gouvernement. Depuis quelque temps, il n’a rien paru de cette collection, mais elle a trop d’importance, et, malgré quelques petites tâches, elle mérite trop d’éloges, pour que l’on puisse supposer que l’on ne donnera pas la suite des diverses séries auxquelles appartiennent les trois volumes qui ont été publiés.

Les membres de la commission historique du Piémont ne se bor-