Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/965

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des écrivains américains contemporains, et on trouvera qu’il n’est qu’équitable. Qu’y voyons-nous ? A peine cinq ou six noms qui méritent d’être cités, et encore ces noms appartiennent-ils, sous quelques rapports, à l’Europe tout autant qu’à l’Amérique. Certes, il ne nous vient pas à l’esprit de contester la valeur de Washington Irving ou de Cooper. L’un et l’autre jouissent d’une réputation trop méritée, trop fortement établie, pour qu’on puisse même songer à l’ébranler. Le premier surtout est sans contredit un des écrivains les plus spirituels et les plus féconds du siècle. Quiconque a lui son Braeeby Hall, son Histoire de New-York, les Contes d’un Voyageur, et ce grand travail qui, à lui seul, suffirait pour illustrer son auteur, la Vie de Colomb, ouvrage dont les uns révèlent un esprit fin, sagace, mordans, et les autres une rare persévérance de recherches jointe à la solidité et à la sûreté du jugement ; quiconque a lu ces ouvrages remarquables, reconnaîtra aisément qu’il n’y a rien d’exagéré dans les éloges que l’Europe, aussi bien que l’Amérique, accorde à leur auteur. Cependant, c’est tout au plus si l’Amérique a le droit de réclamer exclusivement pour elle le nom de Washington Irving, car c’est au sein de l’Europe, qu’il n’a presque pas quittée, que s’est développé le talent de l’écrivain. C’est à Londres et à Paris, et non pas à New-York, que Washington Irving a trouvé ses auditeurs et son plus nombreux public. Ses idées se règlent sur nos goût plutôt que sur ceux de ses compatriotes, et cela probablement sans qu’il s’en aperçoive. Ces mêmes remarques s’appliquent également à Cooper, dont les romans, justement célèbres, ont été, si nous ne nous trompons, inspirés par les succès de sir Walter Scott, et réglés bien évidemment sur nos goût européens.

Cependant nous ne chicanerons pas M. Vail à ce sujet. Nous le laisserons très volontiers inscrire ces deux beaux noms sur le frontispice de son panthéon national, pourvu qu’il convienne avec nous qu’ils font exception parmi les littérateurs d’Amérique. Tucker, Story, Livingston, Sparks, et surtout Channing, qui appartiennent tous à la génération actuelle, sont, sans aucun doute, des écrivains de mérite ; mais, en exceptant ces noms et ceux de Clay et de Webster, dont le talent oratoire est très remarquable, nous ne rencontrons que bien peu d’illustrations intellectuelles dans les annales de l’Amérique moderne. Ecoutons ce que dit M. de Tocqueville, qui, sans le vouloir peut-être, a détruit pour bien des esprits le prestige républicain : « Il règne au sein des nations démocratique un petit mouvement incommode, une sorte de roulement incessant des hommes