Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/970

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aristocratiques, parce qu’en hommes éclairés et loyaux ils crurent devoir recourir à quelques mesures de restriction, afin d’empêcher que leurs compatriotes ne se dégoûtassent de leurs jeunes libertés. Nous devons à Jefferson, qui a si souvent manifesté ses vives sympathies pour la France, de citer un passage de ses écrits où ce grand homme s’exprime de la manière la plus honorable pour lui, la plus flatteuse pour notre caractère national. Voici ce qu’il disait dans une lettre à un ami, pendant qu’il résidait comme ministre en France :

« Je ne puis quitter ce grand et beau pays sans exprimer mon opinion sur sa prééminence parmi les nations de la terre. Jamais je n’ai connu un peuple plus bienveillant, ou plus chaleureux et plus dévoué dans ses affections. Rien n’égale ses bontés et ses complaisances pour les étrangers, et l’hospitalité de Paris dépasse tout ce que j’ai jamais pu concevoir comme possible dans le sein d’une grande ville. La supériorité de ses savans, leurs dispositions communicatives, la politesse exquise de toutes les classes, la grace et la vivacité de leur conversation, communiquent à la société parisienne un charme qu’on ne rencontre dans aucun autre pays. En établissant une comparaison entre ce pays et les autres, il arrive ce qui arriva à Thémistocle après la bataille de Salamine. Quand les voix furent comptées, chaque général vota en sa propre faveur pour la première récompense à décerner à la valeur, tout en accordant la seconde à Thémistocle. De même, demandez à tout voyageur, n’importe de quelle nation : « Dans quel pays de la terre aimeriez-vous mieux vivre ? – Très certainement dans mon propre pays, répondra-t-il, là où sont mes amis, mes parens, les premières comme les plus douces affections de mon cœur, les souvenirs de mon enfance. – Quel serait votre second choix ? – La France. »

Nous quittons cette ère de l’histoire intellectuelle de l’Amérique avec tristesse, car c’est pour tomber, hélas ! dans la littérature journaliste. On se ferait difficilement une idée de l’immense fécondité de l’Amérique dans ce dernier genre. Un numéro récent de l’Américan Almanac, recueil fort exact, fixe à cent millions le chiffre moyen des numéros des feuilles politiques qui se répandent en Amérique dans l’espace d’une seule année. Tout le monde les lit, tout le monde les commente. Et qu’y trouve-t-on ? De grandes discussions sur les systèmes politiques, sur des dogmes religieux, sur des vues philosophiques, sur ces questions de haute morale sociale, en un mot, qui font marcher un peuple en avant, qui l’éclairent et l’élèvent ? Hélas ! Non. On y trouve les injures, les grossiéretés que les hommes politiques,