Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 28.djvu/171

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lutter contre de telles difficultés ? Comment pourra-t-elle préparer de bonnes lois et en régler sagement l’exécution, empêcher la confusion des pouvoirs, maintenir l’harmonie entre tous les ressorts de la machine administrative, pourvoir à l’exécution complète, régulière, exacte de tous les services publics ? Comment parviendra-t-elle à conjurer les attaques de l’opinion, de la presse, des chambres, des pouvoirs électifs de tout ordre, et à vivre en paix avec toutes ces puissances, diverses par leur origine, leur nature et leurs tendances, mais toutes plus ou moins capables d’entraver son action et de paralyser sa marche ?

La charte donne au roi des ministres responsables : auront-ils l’autorité, la vigueur, les talens impérieusement nécessaires à l’accomplissement d’une tâche si rude ?

Les ministres consacrent à leurs fonctions une capacité souvent supérieure ; ils veulent la prospérité de l’état ; ils mettent leur gloire à l’assurer. L’autorité de leur titre s’accroît de la confiance des pouvoirs parlementaires qui les a élevés et qui les soutient ; mais les intérêts de la politique sollicitent et obtiennent leurs premiers soins. Le mouvement des chambres les absorbe, et l’instabilité du pouvoir ne permet à aucun d’acquérir la science des lois, les traditions, les connaissances particulières, les notions techniques, élémens indispensables d’une bonne administration.

Les bureaux y suppléent utilement : avec leur aide, les affaires courantes s’expédient, les actes de pure forme s’accomplissent, les prescriptions légales s’exécutent. Les bureaux, en France, ont rendu de grands services. Ils ont été les dépositaires des doctrines administratives. Ils savent consacrer leurs veilles à des travaux dont l’honneur ne doit pas leur revenir, et se conformer fidèlement à des ordres qu’ils ne donneraient point. Mais ces qualités précieuses ont leurs inconvéniens inévitables. Le respect des traditions produit l’esprit de routine ; l’habitude de l’obéissance éteint l’indépendance. On ne trouve point dans les bureaux l’élévation de vues, la liberté d’esprit qu’exige la direction générale et supérieure des affaires publiques. Ils n’inspirent pas au public le respect, ils n’ont pas sur l’opinion l’autorité qui s’attache à une position où la résistance est possible. Enfin, si le concours des bureaux est indispensable aux affaires, s’ils sont honnêtes, impartiaux, il ne faudrait point qu’ils fussent à l’abri de tout contrôle, qu’ils devinssent les seuls dispensateurs de l’action administrative, et les temps où ils ont régné n’ont pas laissé des souvenirs qui permettent de désirer le retour de leur puissance exclusive.