Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/178

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quent vient de communiquer à l’Académie est un autre éloge consacré à la gloire de Pascal, et qui nous rendra du moins sa ruine tout entière.

Pour être juste, nous avons encore à citer deux discours remarqués dans la foule de ceux qu’avait reçus l’Académie. L’un, le n° 28, portant pour inscription une pensée de Pascal, est l’ouvrage trop rapide et trop court d’un homme de talent et d’un esprit sévère qui s’élèvera par l’étude ; l’autre, le n° 31, que l’Académie a préféré pour la première mention, est l’ouvrage élégant et délicat d’une femme. Nulle part, la vie de Pascal n’a été pénétrée d’une vue plus perçante et plus prompte, nulle part le côté fin et spirituel des Provinciales n’a été mieux saisi et plus vivement apprécié ; mais ce travail brillant est incomplet, et n’embrasse pas la sombre et vaste profondeur des Pensées de Pascal. « Herminie, raconte le poète, n’a pas craint l’appareil de la guerre, et s’est armée pour y prendre part ; mais, effrayée à l’aspect de la solitude et de la nuit, elle se détourne et s’arrête. »




M. Molé, qui, en sa qualité de directeur de l’Académie française, était chargé du discours sur les prix de vertu, a pris la parole après M Villemain :


MESSIEURS,

En voyant l’illustre secrétaire perpétuel de l’Académie française occuper sa place dans cette solennité littéraire, et suspendre l’exercice de ses hautes fonctions politiques pour ressaisir ce sceptre de la critique que tous les amis des lettres lui décernèrent dès ses plus jeunes ans, je le félicitais plus encore que l’Académie, plus encore que cette assemblée avide de l’entendre, de rester si bon juge de sa propre gloire ; je me rappelais l’éclat de ses débuts, les palmes que je l’avais vu remporter dans cette enceinte, où les esprits les plus avares d’éloges, parce qu’ils étaient les plus délicats, répétaient à l’envi que la France aurait dans ce jeune homme un critique et un modèle de plus. Après lui, messieurs, après ce morceau si achevé dont il vous a donné lecture, il eût mieux valu sans doute vous laisser sous le charme salutaire des impressions que vous aviez revues.

Mais la mission que l’Académie m’a confiée est de celles qui ne redoutent ni préoccupation, ni concurrence ; elle ne demande aucun de ces dons brillans que vous êtes accoutumés à couronner dans l’orateur ou l’écrivain. Me sera-t-il permis, messieurs, après tant d’illustres confrères qui l’ont si digne-