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il semble que ce soient d’anciens noirs ou esclaves échappés aux mains des blancs.

La quatrième confédération, celle des Djames ou Djamides, semble le résultat d’émigrations successives des Chkipetars parmi les Hellènes. Cette confédération dut être originairement médiatrice entre les Grecs et les anciens Albanais. Son territoire, resserré entre le district grec de Janina et la côte également grecque qui s’étend d’Arta aux défilés souliotes, offre un labyrinthe de monticules d’une admirable fertilité et d’une défense facile. Les Djamides sont pour la plupart mahométans sunnites. On distingue dans ce groupe les phars des Massarakiens et des Aïdonites, riverains de l’Achéron et habitans de l’ Aïdonie, ancien royaume de Pluton. Les Djames formaient naguère la plus industrieuse, la plus éclairée, la plus riche des quatre confédérations, et ne portaient pas moins d’enthousiasme que leurs compatriotes dans la défense de leur liberté. Malheureusement le luxe d’Europe les envahit et les dépouilla de leurs vertus natives ; ils sont devenus soupçonneux, avides, inhospitaliers, et le voyageur ne trouve qu’avec peine à se loger dans leurs villages. Le Djame est, sous ce rapport, l’opposé du Djègue, qui s’élance au-devant de l’étranger et l’adopte pour vla (frère) dès qu’il a mangé avec lui le pain et le sel, risquant même au besoin sa vie pour son hôte.

Telles sont les diverses populations des quatre Albanies. Quant aux colonies étrangères, bulgares, iliriennes [1], valaques, qui sont venues vivre au milieu des indigènes, elles n’ont pu se fondre avec eux ; elles ont gardé leur idiome, leur costume et leurs usages. Les hommes seuls, dans ces colonies, connaissent la langue chkipetare, que les femmes, gardiennes du foyer, n’ont aucun besoin d’apprendre. Ainsi chaque race reste fidèle à son sang, ainsi la vie de tribu, cet élément de toute société orientale, atteint en Albanie le plus haut degré d’intensité qu’elle puisse offrir hors du système des castes.


II

L’Albanie est divisée en quatre provinces, appelées la Djegarie ou Mirdita, la Toskarie ou Mousaché, la Liapourie et la Djamourie, du

  1. Nous n’entendons pas désigner par ce mot les populations que l’Europe appelle illyriennes. Il y a une grande différence entre elles et les Iliriens, nom que se donnent les Serbes catholiques.