Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/561

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arithmétique, et auquel le calcul des probabilités et la théorie des courbes doivent de si notables découvertes, comment, disons-nous, a-t-on pu avancer que cet homme si fécond, si multiple, avait plus de force que d’étendue dans l’esprit ? M. Cousin, qui dit que Pascal n’a attaché son nom a aucun grand calcul, a oublié complètement le Calcul des probabilités, auquel, au contraire, le nom de Pascal restera toujours attaché. A ce jugement si sévère de M. Cousin nous opposerons l’autorité du célèbre auteur de la Mécanique céleste. Laplace, qui ne reconnaissait que onze grands géomètres depuis que le monde existe, et auquel, sans aucun doute, la postérité assignera la douzième place, n’a parlé de Pascal que pour l’appeler grand homme, grand géomètre, et pour lui attribuer l’invention du calcul des probabilités. Il y a loin de là à cette phrase si dédaigneuse : « Pascal n’appartient pas à la famille des grandes intelligences dont les découvertes et les pensées composent l’histoire intellectuelle du genre humain. » Comment M. Cousin compte-t-il ici les degrés de parenté du génie, et pourquoi veut-il s’ériger en juge des grandes intelligences qui honorent l’humanité ? En rabaissant ainsi Pascal, M. Cousin devait blesser à la fois la susceptibilité des savans et l’orgueil national, et il a réussi beaucoup plus qu’il ne pouvait le désirer. Pour montrer a ceux qui n’ont pas étudié les mathématiques tout le danger qu’il y aurait à attaquer le géomètre dans Pascal, nous n’aurions qu’à faire intervenir un mandarin chinois qui, sans savoir un mot de français, déclarerait hautement que Pascal n’appartient pas à la famille des grands écrivains. Mais le sujet est trop grave, et nous estimons trop l’illustre philosophe dont nous combattons les opinions pour vouloir employer la raillerie. Ce qui a trompé M. Cousin, c’est qu’étant entré hardiment et glorieusement chez Platon, sans s’arrêter à lire la fameuse inscription que l’auteur du limée avait placée sur la porte de son école, il a cru pouvoir de même-, sans connaître la géométrie, s’aventurer au milieu des travaux scientifiques de Pascal. D’ailleurs, ou M. Cousin doit aussi oser dire que Pascal n’est pas un grand écrivain, ou bien il doit lui rendre le rang que la postérité lui a assigné, car les écrivains de cet ordre appartiennent toujours à la famille des grandes, intelligences, et l’on ne devient pas le législateur d’une langue sans posséder les plus éminentes qualités du cœur et de l’esprit.

Au reste, dans ce jugement si rigide, M. Cousin semble s’être appliqué à rassembler les plus frappantes contradictions. Cet homme, qui n’appartient pas à la famille des grandes intelligences, « tout ce qu’il a touché, il l’a porté d’abord à la suprême perfection ! » comme