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Pauline, au besoin, mêlera ses instances aux miennes, ajouta—t-il en regardant sa sœur.

À cette interpellation, la jeune fille demeura calme, silencieuse, immobile ; mais, lorsqu’après avoir résisté faiblement, Richard déclara qu’il resterait quelques jours encore, Pauline tressaillit imperceptiblement, et une légère teinte rosée colora la blancheur de ses joues.

Le fait est que Mlle de La Tremblaye n’entra pour rien dans la détermination de Richard, et qu’en consentant à prolonger son séjour au château, ce jeune homme était loin de soupçonner que Pauline dût s’en réjouir. C’est à peine s’il avait jusqu’à ce jour échangé quelques paroles avec elle. Chaque fois qu’il l’avait rencontrée dans le parc, elle s’était enfuie à son approche, et M. de Beaumeillant avait fini par ne plus voir en elle qu’une enfant sauvage que sa présence effarouchait, et dont il admirait, sans en subir autrement le charme, la beauté fière et la grâce ombrageuse. Cependant, à partir de ce jour, la gazelle s’apprivoisa peu à peu et ne tarda pas à le laisser approcher sans crainte. En se mêlant à l’intimité des deux amis, Mlle de La Tremblaye l’embellit d’un nouvel attrait, et les semaines s’écoulèrent sans que Richard songeât à les compter.

La saison était belle ; ils l’employèrent en excursions dans le pays. Il n’était pas un coin de cette terre dont Pauline ignorât les chroniques et les légendes ; elle les racontait à Richard, tandis qu’ils chevauchaient côte à côte dans les montagnes du Dauphiné, sous le regard protecteur de M. de La Tremblaye, qui semblait les envelopper tous deux dans un même sentiment d’orgueil et de tendresse. Ils visitèrent ainsi, à plusieurs reprises, la Grande-Chartreuse, un des plus beaux sites que l’homme puisse admirer, soit que l’hiver y déchaîne les vents et les tempêtes, soit que l’automne en tempère la sévérité par la variété de ses riches couleurs. À chaque pèlerinage, le calme du cloître et le silence du désert descendirent plus avant dans le cœur de Richard. Ce cœur s’ouvrait d’ailleurs à de plus douces influences. M. de Beaumeillant s’abandonnait au charme, tout nouveau pour lui, d’aimer, de se sentir aimé, et de prendre part aux joies d’un intérieur affectueux et paisible ; les chastes délices de la famille se révélaient à lui pour la première fois. Il se reposait enfin des ennuis de la solitude et des soucis d’une aride douleur, et, comme pour l’enchaîner et le retenir sur le seuil, le toit hospitalier se parait chaque jour d’une séduction nouvelle. Cependant Pauline et Richard