Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/883

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


mille Anglais établis dans le Bas-Canada. Il promettait seulement dé veiller avec impartialité à la composition du conseil, et d’y faire entrer un nombre égal de Français et d’Anglais. Les Canadiens se plaignaient que presque tous les emplois fussent donnés aux Anglais ; en effet, sur trois cent cinquante, ceux-ci en remplissaient trois cent quatorze. Le ministre promettait aussi à cet égard une répartition plus équitable. Sur la question du rappel de l’acte des tenures, il faisait des réserves au nom des droits acquis sous le privilège de cet acte. Quant à la British American land Company, le gouvernement ne pouvait rompre un contrat sanctionné par le parlement et garanti par lui. Il s’engageait seulement à prendre des mesures pour restreindre les progrès de cette compagnie, si elle prenait un développement qui pût inspirer des craintes fondées à la chambre d’assemblée. Il terminait en proposant à la chambre des communes une série de résolutions qui, énumérant les demandes des Canadiens, ne faisaient droit qu’à celle qui était relative au rappel de l’acte des tenures, répondaient aux autres par un refus formel, et autorisaient le gouvernement à puiser dans les caisses du receveur-général le montant des subsides arriérés des trois dernières années, qui s’élevaient à la somme de 3 millions 700,000 francs.

Les whigs ont plusieurs fois reproché à sir Robert Peel et à ses amis de n’arriver au pouvoir que pour réaliser les mesures réformistes et libérales proposées par eux. Les conservateurs peuvent leur renvoyer ce reproche ; dominés par les intérêts du pays, les whigs oublient volontiers au pouvoir, on l’a vu bien souvent, et la France en a fait la triste expérience, les principes qui les distinguaient dans l’opposition. Dans la question canadienne, ils continuèrent l’œuvre de M. Pitt, en opposition directe avec les opinions professées par M. Fox ; aussi, M. O’Connell a pu dire avec raison des résolutions de lord John Russell, qu’elles renfermaient quelques-uns des plus détestables principes des pires époques du torisme. Il était donc naturel que les conservateurs appuyassent ces résolutions de leurs discours et de leurs votes.

Les principaux orateurs de la chambre des communes se joignirent au ministère pour combattre les réclamations des Canadiens. « On a prétendu, dans le cours de cette discussion, disait M. Gladstone, que l’établissement de la British American land Company était un des griefs les plus sérieux du Bas-Canada. Rien de plus absurde à coup sûr. Il s’est rencontré une société d’Anglais intelligens qui ont entrepris de faire jouir le Bas-Canada du bénéfice de l’émigration,