Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/889

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M. Warburton était même allé jusqu’à prétendre que la possession du Canada était une cause d’affaiblissement politique pour l’An gleterre ; il eût pu citer à cet égard l’opinion de Franklin, qui avait conseillé au gouvernement anglais d’abandonner le Canada, afin d’éviter toute possibilité de conflit continental avec les États-Unis. Sir Robert Peel était loin de partager cette opinion ; il parla et vota, pour l’union des deux provinces du Canada ; il la considéra même comme le prélude de l’union future de toutes les possessions anglaises de l’Amérique du Nord en une même confédération. « Il est possible, dit-il en développant cette grande idée politique, qu’il paraisse un jour convenable de réunir les provinces du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse, du Cap-Breton et de l’île du prince Édouard avec les deux Canadas. Chaque province aurait son administration domestique, mais toutes seraient réunies par un intérêt commun, qu’elles seraient prêtes à défendre s’il était attaqué. Si le plan que je propose ici pouvait être un jour réalisé, je crois qu’il en résulterait de grands avantages. Durant de longues années, ces colonies ont servi de débouché à l’excès de la population anglaise ; cette population a conservé des souvenirs de la vieille Angleterre, dont le sentiment éclaterait à l’occasion ; et, en dépit des Canadiens français, en dépit des états démocratiques voisins, ces souvenirs la pousseraient, à l’heure où un danger menacerait la mère-patrie dont elles parlent la langue et dont elles admirent les institutions, à se rallier sous notre drapeau, et à partager avec nous les embarras et les périls de la guerre. Gardons-nous donc d’empêcher le parlement d’entrer dans une investigation de laquelle nous pourrons tirer pour l’avenir de si heureux avantages ; c’est pour ce motif que je n’ai pas borné mes considérations à l’union des deux Canadas seulement, Malgré la faiblesse relative de nos colonies de l’Amérique du Nord, leur union ajouterait à la force de chacune d’elles, et tendrait à les élever dans l’échelle de la civilisation. Je ne renonce pas à l’espérance que cette union puisse être réalisée un jour, et, pour en rendre le succès plus facile, je veux fortifier l’intérêt anglais dans le Canada. »

Le bill ministériel fut adopté. Lord Durham fut envoyé dans le Canada en qualité de gouverneur-général de toutes les possessions britanniques de l’Amérique du Nord. Il prit peut-être trop au sérieux l’autorité absolue dont il était investi, et, se dégageant des formes ordinaires de l’a justice, il condamna plusieurs Canadiens à être déportés aux Bermudes, déclarant que leur retour sans permission dans la colonie constituerait un crime de haute trahison, pour lequel,