Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/919

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Silvio Pellico est Piémontais ; il est né à Saluces, en 1789, d’une honnête famille bourgeoise. Son père Onorato était employé aux postes ; plus tard il établit à Pignerolles une manufacture de soie, qui ne prospéra pas. On dit qu’il était fort attaché aux idées monarchiques attaquées alors violemment par la révolution, et qu’il donna à ses principes des otages de plus d’un genre. Comme presque tous-les hommes qui se sont fait un nom, Silvio eut une mère distinguée. Originaire de Chambéry, Mme Pellico possédait toutes les qualités de cette bonne nation savoyarde, dont la probité est devenue proverbiale. Le poète se plaît même à rappeler le proverbe français, il le fait avec une satisfaction patriotique, et paraît plus flatté de son humble naissance qu’il ne le serait d’une généalogie nobiliaire. Ce fut un grand bonheur pour lui d’avoir une mère pleine de tendresse et de sollicitude, car il naquit mourant pour ainsi dire, en compagnie d’une sœur jumelle. Il passa ses premières almées dans les souffrances, condamné par les médecins, et n’échappant à une maladie que pour tomber dans une autre. Une organisation si débile devait produire sur lui une réaction morale ; elle le prédisposa avant l’âge à la concentration, à la mélancolie. « De longues douleurs, de longues tristesses, nous dit-il plus tard dans ses Poésies inédites, accablèrent mes premières années. Les enfans de mon âge couraient et sautaient autour de moi, heureux et fiers de leur beauté ; moi, j’étais plongé dans une morne langueur et atteint de spasmes dont la cause était un mystère… Mes courtes joies s’évanouissaient devant la pitié qu’inspirait ma frêle et misérable nature… Je courais cacher mes larmes dans la solitude. »

Un prêtre présida à la première éducation de Silvio, ce qui n’empêcha pas le jeune écolier de sentir naître en lui, avant toutes les autres, la passion du théâtre. Il jouait en famille de petites pièces que composait son père, et, la traduction d’Ossian de Cesarotti lui étant tombée entre les mains, il se permit lui-même une tragédie calédonienne qu’il a eu le bon esprit de laisser dans ses cahiers de collège. Quel lycéen doué d’un peu d’imagination n’a commis sa tragédie, ou tout au moins un poème épique ?

Silvio avait dix ans lorsque son père alla s’établir à Turin. Les jeux dramatiques continuèrent ; la petite troupe s’augmenta même, et l’on raconte qu’une jeune fille qui en faisait partie inspira à Silvio une passion que la mort trancha dans sa fleur. Carlottina mourut à quatorze ans. Plus tard, dit-on, de même que le souvenir de Béatrice accompagnait Dante dans son voyage infernal, une ombre char-