Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/929

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bien qu’il n’y ait pas dans la pièce un mot de politique, la représentation fut arrêtée. Une nouvelle tragédie, Gismonda da Mendrisio, eut le même sort en 1832 ou 1833. Celle de Conradin échoua l’année suivante à la représentation, et n’a pas, que je sache, été imprimée. Hérodiade et Thomas Morus complètent l’œuvre dramatique de Silvio, sans parler de trois ou quatre pièces qu’il dit avoir en portefeuille.

La première de ses tragédies, celle qui a commencé sa réputation, est, nous l’avons dit, Françoise de Rimini. J’avoue que je partage l’opinion de Foscolo : mieux valait laisser les deux amans dans l’enfer où Dante les a plongés. Le sujet est connu, trop connu ; c’est souvent un écueil. Ce n’est, au fond, qu’une Thébaïde en miniature, mais réduite à des proportions si petites, que l’inceste y dégénère en une querelle de ménage. Dans l’histoire et dans l’Enfer, les amans sont coupables, et Lanciotto les tue en vertu de son droit de mari outragé. Dans la pièce, ils sont innocens encore, ou du moins ils luttent tous les deux contre la fatalité d’un amour illégitime. ; ils n’en sont pas moins frappés. Est-ce plus dramatique ? Je ne le crois pas ; mais, à coup sûr, c’est d’une inhumanité révoltante, et cependant que vouliez-vous que fît le mari ? L’intérêt ne se porte fortement sur personne, car, dans la pièce, tout le monde a tort et tout le monde a raison. Il y avait là une élégie, il n’y avait pas un drame.

Nous avons déjà parlé de l’Eufemio di Messina, nous n’en dirons rien de plus, sinon que la phrase y est bien jeune et qu’on y rencontre des tirades bien longues. On y trouve même le rêve classique ; il y en avait déjà un dans Francesca.

Des six autres pièces de Pellico, deux sont bibliques : Ester d’Engaddi et Hérodiade ; les autres sont politiques. Ester a plus de mouvement, plus de pompe, qu’Eufemio et que Francesca. Le peuple d’Israël est en scène, il délibère, il parle, il agit. La scène se passe dans un camp des montagnes après la ruine de Jérusalem ; Esther, femme du chef Azaria, est aimée du grand-prêtre, qui la calomnie et la fait périr comme adultère pour se venger de ses dédains. Le mari n’est qu’un Orosmane aveugle à force d’être crédule, et toute l’intrigue est fondée, comme dans Zaïre, sur un quiproquo ; l’amant prétendu d’Esther est son père, martyr chrétien échappé à la persécution. Ce caractère pouvait être beau, il n’est qu’insignifiant, parce qu’il manque de développement, et que d’ailleurs l’esprit de Dieu ne le possède pas. Nous avons une silhouette au lieu d’un portrait. Il en est de même de Jean-Baptiste dans Hérodiade ; c’est là certainement un per-