Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/944

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tombe de Jacques Callot dans cette nature douce et souriante. Est-ce donc là qu’il voyait ses capitans, ses matamores, ses sorciers, ses bohémiens, toute cette galerie splendide des curiosités humaines ? En étudiant la vie de Jacques Callot dès son enfance, je vais découvrir à coup sûr à quel heureux hasard il a dû son génie.

Si vous voulez assister avec moi à l’enfance curieuse de Jacques Callot, rebâtissez au gré de vos souvenirs historiques, à Nancy, près du vieil hôtel de Marque, une maison à la façade un peu hautaine, ornementée à la porte et aux croisées de quelques sculptures rouillées par la pluie ou rongées par la lune ; entre les deux fenêtres du rez-de-chaussée un banc de pierre, à l’usage des mendians et des pèlerins ; au premier étage, deux croisées, c’est-à-dire croix de pierres formant chacune quatre ouvertures ; au second étage, deux lucarnes ouvertes sur le toit au-dessus de la gouttière ; autour de ces deux lucarnes, de la mousse, quelques touffes d’herbe, une fleurette que le vent ou l’oiseau a plantée là ; au haut du toit, une seule cheminée très haute qui fume toujours. Aux deux croisées, nous pouvons voir s’encadrer de temps en temps une tendre et inquiète figure de mère, ou une tête de père digne et grave, le père et la mère de Callot, Jean Callot et Renée Brunehault ; aux deux lucarnes, nous pouvons voir une jeune et joyeuse famille apparaître dans tout le charme de l’insouciance, et parmi ces jeunes enfans nous allons reconnaître Jacques Callot à son regard curieux et fier, qui déjà s’arrête sur toute chose, sur vous et sur moi, comme s’il nous trouvait dignes de sa galerie.

Si nous entrons dans cette maison, nous y trouverons un ameublement sévère, en harmonie avec la lumière pale qui vient par les petites vitres en losanges : des bahuts en noyer, un prie-dieu, un Christ d’ébène couronné de pâques bénites où l’araignée n’a jamais le temps de filer sa toile, des chaises longues en chêne sculpté, des tables gothiques aux pieds tordus, une grande cheminée où pend une glace à biseaux et à ornemens, sur le manteau de cette cheminée du bon temps une pendule de Boulle et des gobelets d’argent d’une belle forme et d’une belle taille, ciselés dans un siècle où l’on savait boire ; sur les rayons du bahut, une brillante vaisselle d’étain, des pots de grès à ramage, un beau verre de Bohême. Du premier coup d’œil nous découvrons Jean Callot qui se promène, pour mieux réfléchir, en chausses de velours bouffantes et tailladées, ou Renée Brunehault, assise au coin de la cheminée, filant à la quenouille.

C’est dans cette maison que vint au monde, en 1593, Jacques