Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/994

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nous en croyons saint Augustin dans le psaume ou chant populaire rimé qu’il composa contre les donatistes [1], il semble que les donatistes croyaient que l’église avait perdu son indépendance le jour où les empereurs s’étaient faits chrétiens, et qu’elle avait, ce jour-là, pris un maître plutôt que reçu un néophyte. Qu’y a-t-il de commun entre l’église et l’empereur ? s’écriait Donat. Il est curieux de trouver ainsi, dès le Ive siècle de l’ère chrétienne, ce profond sentiment de l’indépendance de l’église. Les donatistes l’exagèrent, mais la papauté saura plus tard faire à l’église orthodoxe la part d’indépendance qui lui appartient. Grace à la papauté, les empereurs, dans l’Occident, ont été membres de l’église sans pour cela en être les maîtres. Cependant, si nous jetons les yeux sur l’église grecque, les craintes des donatistes semblent s’être vérifiées. A Constantinople et à Pétersbourg, l’empereur règne à l’église comme au palais.

Quand on écarte de la discussion entre les donatistes et les orthodoxes tout ce qui est déclamation et injure, on voit que le principal grief contre le donatisme, c’est qu’il a rompu l’unité catholique. De ce côté, le refrain du chant rimé de saint Augustin résume fort bien les reproches qu’il fait aux donatistes :

Omnes qui gaudetis de pace,
Modo verum judicate.

La paix, c’est-à-dire l’unité, voilà le sentiment et le principe que saint Augustin atteste contre les donatistes. C’est là en effet le sentiment qui leur répugne, c’est par là qu’ils sont rebelles ; ils n’ont avec les orthodoxes aucun dissentiment dogmatique ; seulement ils veulent faire une église à part. Il n’y a point avec eux de controverse théologique, car ils disputent sur des faits plutôt que sur des opinions. Dans le donatisme, ce n’est point, comme dans la plupart des hérésies, l’indépendance de l’esprit humain qui est en cause, c’est l’indépendance de l’Afrique ; et, ce qui achève de le prouver, c’est que les tentatives de révolte que font quelques gouverneurs d’Afrique, entre autres le comte Geldon en 397, sont appuyées par les donatistes. Ils sont les alliés naturels de quiconque veut rompre l’unité de l’empire dans l’ordre politique, comme ils veulent la rompre dans l’ordre religieux.

Ce n’est pas seulement chez les donatistes que fermente cet esprit d’indépendance africaine. L’église catholique le ressent aussi : elle

  1. Voyez tom. IX, pag. 41.